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Publié
par L'Institut
International du Développement Durable (IIDD)
Vol. 25 No. 04
Jeudi 5 Juin 2003
LES FAITS MARQUANTS DE LA QUATRIEME REUNION
DU PROCESSUS CONSULTATIF:
MERCREDI 4 JUIN 2003
La quatrième réunion du Processus
Consultatif Officieux sur les Océans et le Droit de la Mer (Processus
Consultatif) a conclu le Groupe de Discussion sur la sécurité
de la navigation, et a commencé le Groupe de Discussion sur la
protection des écosystèmes fragiles. Le matin, les
participants ont entendu un exposé sur l'utilisation des
cartes nautiques. L'après-midi, les participants se sont
réunis pour entendre des exposés sur l'écosystème Arctique, et
sur l'état des pêches dans le monde. Chacune de ces
présentations a été suivie d'un débat.
LE GROUPE DE DISCUSSION A
LES CARTES NAUTIQUES: l'exposé: Yves
Desnoës, du Bureau Hydrographique et Océanographique de la
Marine Française, a présenté les avantages des cartes
nautiques électroniques (CNE) et, notant que les données
hydrographiques, dans les pays en développement, sont
fragmentées ou périmées, il a appelé les gouvernements, les
donateurs et l'Organisation Hydrographique Internationale (OHI),
à réaliser une couverture par les CNE. Il a souligné la
nécessité pour l'Organisation Maritime Internationale (OMI) et
l'OHI, de procéder à une claire détermination de leurs tâches
respectives, et a affirmé que les avantages tirés d'une plus
grande couverture par les CNE sont de loin plus importants que
le coût.
Le débat: Dans le débat qui a suivi,
les délégués ont abordé la sécurité de la navigation, la
protection de l'environnement marin, le renforcement des
capacités, et la mise en application par l'Etat du pavillon.
Plusieurs délégations ont mis en relief le
lien entre la sécurité de la navigation et la protection des
écosystèmes marins fragiles. L'ESPAGNE s'est félicitée de l'aide
internationale reçue suite à l'accident du Prestige, et
a déclaré que les mesures adoptées en résultat de cet accident
sont à caractère provisoire et sont en conformité avec le
principe de précaution. La FRANCE, l'URUGUAY et le PORTUGAL
ont noté qu'en attendant l'adoption de normes internationales
adéquates, les Etats du littoral sont autorisés à adopter des
mesures de précaution et de prévention. L'ITALIE a indiqué que
le c'est droit coutumier international relatif à la
responsabilité des Etats qui détermine les conséquences du
non-respect des obligations par les Etats du pavillon, et a
noté que l'action unilatérale est justifiée à l'encontre des
navires qui violent les règles internationales. La NORVEGE a
souligné que la CNUDM ne permet pas la prise de mesures
environnementales de précaution à l'encontre des navires qui
répondent aux normes internationales, et a précisé que le
Processus Consultatif ne doit pas légitimer de telles mesures
contradictoires. La NOUVELLE ZELANDE a réitéré ses réserves
concernant le déroutage des navires-citernes monocoques vers
d'autres eaux, en conséquence des mesures adoptées par l'UE,
soulignant que de telles mesures risquent de poser le problème
du coût des inspections. Le MEXIQUE a apporté son soutien à
l'établissement d'un mécanisme de compensation pour la
couverture des préjudices environnementaux subis et, appuyé
par l'ARGENTINE et FIDJI, a souligné la nécessité de traiter
le problème du transport des produits dangereux, en
particulier, des substances radioactives. La FEDERATION DE
RUSSIE et d'autres ont condamné les mesures régionales
unilatérales, notamment, celles qui entravent la navigation
marchande. La CHINE a noté l'importance de la libre
circulation des navires et de la protection de l'environnement
marin, et a appelé à établir un équilibre entre les objectifs,
dans le cadre du droit international.
Au sujet du renforcement des capacités dans
le domaine de la production des cartes maritimes, le MEXIQUE a
souligné que la publication des études hydrographiques permet
d'améliorer les connaissances géographiques et de faciliter
l'établissement des zones prioritaires, faisant avancer par là
même, la mise en œuvre de la Convention sur le mandat de
Jakarta sur la Conservation et l'Utilisation Durable de la
Biodiversité Marine et Côtière. Il a suggéré que l'Assemblée
Générale considère, entre autres, l'opportunité de mettre en
exergue, la protection de l'environnement marin au moment de
traiter du renforcement des capacités dans le domaine de la
production des cartes nautiques, et l'encouragement des
efforts internationaux visant à accroître la formation en
matière d'utilisation des cartes nautiques dans le cadre de la
délimitation des frontières maritimes. L'OHI a noté les
efforts visant à intégrer les données à caractère dynamique, y
compris celles ayant trait aux environnements sensibles, dans
l'élaboration des cartes nautiques. Répondant au JAPON, au
sujet des voies et moyens d'élaborer les CNE, Desnoës a
déclaré que les nouvelles technologies existent pour
l'amélioration des CNE, mais que les capacités humaines ont
encore besoin d'être renforcées.
Au sujet des obligations de l'Etat du
pavillon, plusieurs pays ont souligné le besoin d'une
définition du lien authentique. L'AUSTRALIE a indiqué qu'un
tel lien est crucial pour la résolution du problème des pêches
illicites, non documentées et irrégulières (IUU) et, avec la
NOUVELLE ZELANDE, a apporté son appui à la recommandation
avancée par les Etats-Unis, appelant l'Assemblée Générale à
demander aux Etats du pavillon d'établir des administrations
maritimes efficaces ou d'arrêter l'enregistrement de nouveaux
navires. Le CANADA a souligné la
convergence entre la sécurité de la navigation, la protection
des pêches, la protection environnementale, et les droits
humains, et l'équilibre entre les responsabilités des Etats du
pavillon, du littoral et du port. La représentante a appelé,
entre autres, à un plan d'action intégré cohérent au plan
intérieur, à une coopération régionale, à des agences
internationales spécialisées, et à l'utilisation de schémas
d'audit modèles. La LITUANIE, le PORTUGAL, la REPUBLIQUE DE COREE et
l'ESPAGNE ont encouragé les Etats du pavillon à assurer de
manière efficace le contrôle de leurs navires. La FRANCE et l'ESPAGNE ont apporté leur soutien à
l'élaboration d'un accord sur les obligations des Etats du
Pavillon. La REPUBLIQUE DE COREE a appelé à un renforcement du
contrôle de l'Etat du port et à l'établissement d'un groupe de
travail pour le traitement du problème des pêches illicites,
non documentées et irrégulières.
L'ARGENTINE a plaidé pour la mise en place
d'un mécanisme de suivi opéré par les Etats du port aux fins
de compenser les lacunes de la mise en conformité de l'Etat du
pavillon. Le JAPON a indiqué que l'OMI est l'organe compétent
pour la détermination des responsabilités de l'Etat du
pavillon et des critères de mesure de l'authenticité du lien.
La NORVEGE a encouragé les efforts de l'OMI et de la FAO dans
ce domaine, et a appelé à l'adoption d'une recommandation sur
ce sujet, par le Processus Consultatif. La NOUVELLE ZELANDE et
l'AUSTRALIE a suggéré que le Processus Consultatif endosse
plutôt le travail en cours de la FAO sur les critères de
l'établissement du lien authentique, au lieu de songer à
entamer un nouveau processus de négociations.
LE GROUPE DE DISCUSSION B
LA PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT ARCTIQUE:
l'exposé: Olav Orheim, du Norwegian Polar Institute, a
donné un aperçu sur les principaux défis posés à
l'environnement Arctique, mettant en relief le problème des
pêches illicites, non documentées et irrégulières,
l'accumulation des polluants organiques persistants, les
activités pétrolières, l'augmentation du trafic maritime des
cargos pétroliers et des déchets nucléaires, le grand
potentiel de niveaux élevés de radioactivité, et les
changements climatiques. Il a décrit les approches
norvégiennes en matière de gestion de ces défis, dans la Mer
de Barents, y compris: l'application de l'approche basée sur
l'écosystème et du principe de précaution; le développement
durable; et le partage des responsabilités. Il a appelé à une
amélioration de la coopération internationale dans le domaine
de la lutte contre les pêches illicites, non documentées et
irrégulières, et a encouragé l'adoption d'un instrument
contraignant pour le contrôle des niveaux de mercure.
Le débat: Répondant à la question du
CANADA concernant le traitement des intérêts et des droits des
communautés locales, Orheim a déclaré que le sujet est
hautement politisé en Norvège, ajoutant, toutefois, qu'une loi
traitant de cette question est en cours de discussion au
parlement. Le délégué des ETATS-UNIS a mis en exergue
l'utilisation des approches régionales dans l'accomplissement
des engagements du SMDD.
L'ETAT DES PECHES DANS LE MONDE:
L'exposé: Daniel Pauly, de la University of British
Columbia, a présenté un rapport sur l'Etat Actuel et les
Tendances des Pêches dans le Monde. Il a, contrairement à ce
qui était pensé auparavant, sur la base des données FAO, qui
disaient que les prises mondiales étaient maintenues à des
niveaux relativement constants durant la décennie écoulée, les
stocks halieutiques et les prises sont, en réalité, en déclin.
Il a donné un aperçu sur ce déclin général, expliquant qu'il
est dû à la sur-pêche. Il a montré comment les zones de pêches
traditionnelles de l'hémisphère nord ont été surexploitées, et
a souligné l'augmentation enregistrée dans les activités de
pêche dans les eaux profondes et dans l'hémisphère Nord. Pauly
a expliqué aussi les effets négatifs de l'aquaculture et de la
mari-culture, soulignant la quantité importante de repas à
base de poissons consommés par l'industrie de l'aquaculture.
Notant que plusieurs pays sont tributaires du poisson pour
leur sécurité alimentaire et pour leurs revenus, et qu'aucun
des océans de la planète n'est à l'abri de ce phénomène, il a
encouragé l'adoption de l'approche basée sur l'écosystème et
l'�tablissement de zones marine prot�g�es (ZMP) pour arr�ter
le d�clin et pour promouvoir la restauration des stocks de
poissons.
Le d�bat: Dans le d�bat qui a suivi,
les d�l�gu�s ont abord� les questions ayant trait, entre
autres, � l'approche bas�e sur l'�cosyst�me, aux ZMP, et aux
p�ches illicites, non document�es et irr�guli�res.
La NORVEGE a soulign� que l'approche bas�e
sur l'�cosyst�me doit �tre appliqu�e � l'�cosyst�me marin dans
son ensemble. Le PORTUGAL s'est enquis du cadre institutionnel
appropri� pour la mise en ouvre des mesures fond�es sur
l'approche de l'�cosyst�me. Pauly a d�clar� que bien qu'ils
soient complexes, les �cosyst�mes sont en mesure de se
reconstituer si on les laisse seuls, et a soulign� que toutes
les esp�ces doivent �tre prises en ligne de compte.
R�pondant � une question pos�e par l'ITALIE
au sujet des techniques de p�che destructive, Pauly a cit� la
p�che drague et la p�che � la traille, notant que non
seulement elles donnent lieu � des prises secondaires, mais
qu'elles d�truisent �galement les fonds marins. Il a identifi�
la p�che aux filets tra�nants et les longues lignes comme
autant de pratiques destructrices, a affirm� que les
techniques disponibles ne pourront pas sauver la crise que
conna�t la p�che, et a soulign� que le probl�me de la
sur-p�che doit �tre �galement trait�. La NORVEGE a indiqu� que
le probl�me de la sur-p�che est pos� dans les Zones
Economiques Exclusives (ZEE) avec plus d'acuit� qu'en haute
mer.
La NOUVELLE ZELANDE, les ETATS-UNIS et
d'autres Etats ont exprim� leur soutien en faveur des ZMP.
Pauly a soulign� que les ZMP prot�gent les stocks halieutiques
et augmentent en m�me temps les prises. Il a encourag�
l'interruption des subventions accord�es dans le secteur de la
p�che. Il a ensuite d�montr� comment la p�che est, en moyenne,
inefficace du point de vue consommation de combustible,
requ�rant 1,6 tonnes de fuel pour chaque tonne de prise de
poissons. Le JAPON a appel� � la cr�ation d'une organisation
internationale charg�e de s'assurer du respect des ZMP.
R�pondant � une question pos�e par le BRESIL, Pauly a
d�courag� l'utilisation de ZMP temporaires, signalant,
toutefois, que les fermetures saisonni�res pourraient �tre
utilis�es dans les zones de p�ches. La NORVEGE a soulign� que
les d�finitions des zones prot�g�es dans le cadre de la CDB et
dans celui de la CNUDM ne sont pas conformes l'une � l'autre.
Au sujet des ZMP situ�es en haute mer, la
NORVEGE a affirm� que leur cr�ation est en contradiction avec
la CNUDM et, avec le JAPON, a mis en exergue le principe de
libert� en haute mer. L'Italie a not�, avec la France et
Monaco, qu'elle a �tabli des ZMP en M�diterran�e, de mani�re
conforme avec la CNUDM. Pauly a appel� � la cr�ation d'un
nouveau r�gime juridique pour les hautes mers, pour permettre
leurs viabilisation, et le CANADA a soulev� la question de la
gouvernance de la gestion des p�ches en hautes mers.
Au sujet des p�ches illicites, non
document�es et irr�guli�res, Pauly a estim� que plus de la
moiti� des prises mondiales proviennent des p�ches illicites,
non document�es et irr�guli�res. Il a mis en relief les
difficult�s pos�es au traitement de ce probl�me, notant que la
FAO n'est pas en position de s'impliquer avec des Etats voyous.
Le d�l�gu� des SEYCHELLES a not� que plusieurs petits Etats en
d�veloppement tirent des revenus des autorisations de p�che
qu'ils �mettent, et a mis en exergue l'absence de ressources
pour assurer le suivi des ZMP, si elles doivent �tre �tablies
un jour. Pauly a sugg�r� l'�tablissement d'une collaboration
avec de grandes ONG, capables de d'am�liorer la prise de
conscience � l'�chelle internationale.
Au sujet de la mise en �uvre des
instruments pertinents, le CANADA, les Etats-Unis et le JAPON
ont appel� tous les Etats � ratifier et � mettre en
application les accords conclus sur la gestion des p�ches.
Pauly a recommand� que les navires de p�che soient �quip�s de
boites noires, pour permettre aux autorit�s de les localiser.
Il a soulign� aussi la n�cessit� d'une volont� politique pour
mettre en place, toutes les mesures n�cessaires � la
r�solution de la crise de la p�che, notant que les parties
prenantes ne pourront pas toutes �tre accommod�es
DANS LES COULOIRS
Au moment o� le second groupe de discussion
abordait le sujet de la protection des �cosyst�mes marins
fragiles, plusieurs d�l�gu�s se sont f�licit�s de la qualit�
des expos�s scientifiques pr�sent�s l'apr�s-midi, et ont not�
que de telles pr�sentations sont n�cessaires dans les fora
intergouvernementaux. Le discours de Pauly sur les p�ches, qui
a touch� � des questions hautement sensibles, y compris ceux
de la gestion et de la subvention de l'industrie de p�che, et
de l'�tablissement de zones prot�g�es, a engendr�
appr�ciations et critiques, � la fois. Les positions tranch�es
sur le sacro-saint principe de libert� des hautes mers ont
donn� lieu � une r�sistance � la l'�tablissement de ZMP en
haute mer. L'un des d�l�gu�s s'est dit toutefois optimiste que
les choses continueront � progresser lentement mais s�rement
vers l'acceptation de ces zones en haute mer, reconnaissant
que ce pas en avant a �t� effectu� avec des assurances que
l'�tablissement de telles ZMP se fera dans le cadre de la
CNUDM.
Nombre de d�l�gu�s ont �galement fait part
de leurs r�serves concernant le probl�me des p�ches illicites,
non document�es et irr�guli�res. Pour r�soudre la crise de
l'amenuisement des stocks halieutiques, certains pays ont
sembl� pr�f�rer plut�t voir tacler les probl�mes des p�ches
illicites, non document�es et irr�guli�res, et de la sur-p�che
dans les ZEE, que l'�tablissement de ZMP en haute mer.
M�ditant sur le Processus Consultatif
lui-m�me, un d�l�gu� a fait part de sa satisfaction de
l'ouverture, de la qualit� et de la focalisation des
discussions, notant que le cadre informel semble favoriser une
certaine progression sur les questions d�licates.
A SUIVRE AUJOURD'HUI
GROUPE DE DISCUSSION B: Le Groupe de
Discussion sur la protection des �cosyst�mes marins fragiles,
poursuivra ses travaux de 10h � 13h, et de 15h � 18h dans la
Salle de Conf�rence 1. Les Participants entendront des
pr�sentations et engageront des discussions sur les r�cifs
coralliens, les habitats juxtaposant les littoraux du
Pacifique, et les projets en haute mer. |