ONZIEME CONFERENCE DES PARTIES DE LA
CONVENTION SUR LE COMMERCE INTERNATIONAL DES ESPECES DE FAUNE
ET DE FLORE SAUVAGES MENACEES D'EXTINCTION
10 - 20 AVRIL 2000
Dans les années 60, les pays prenaient de plus en plus
conscience du fait que la surexploitation de la faune et de la
flore sauvages à travers le commerce international était en
train de contribuer au déclin rapide de nombreuses espèces
végétales et animales de par le monde. En 1963, L'Union
International pour le Conservation de la Nature (UICN)
commença l'élaboration d'une convention internationale
visant à réguler l'export, le transit et l'import des
espèces de faune et de flore rares ou menacées d'extinction.
L'engagement international vis-à-vis de la convention fut
établi en juin 1972, lors de la Conférence sur
l'Environnement Humain, tenue à Stockholm, en Suède, et qui
recommanda l'élaboration immédiate d'une convention
internationale traitant de ces question. La même année,
l'UICN, les Etats-Unis et le Kenya devaient produire un papier
de travail unifié qui servit de plate-forme aux négociations
de la convention. Les tractations finales se déroulèrent du
12 février au 2 mars 1973 à Washington, DC. Parmi les
thèmes qui s'avérèrent difficiles à résoudre: la
détermination des "espèces" pour les fins de la
convention; l'application de la convention aux espèces
menacées d'extinction évoluant dans l'environnement marin
non inclus dans les territoires étatiques; et la
détermination du champ d'action des Annexes qui formaient la
base de la convention. La CITES fut adoptée le 2 mars 1973 et
entra en vigueur le 1er juillet 1975. 151 Parties sont
aujourd'hui signataires de cette Convention.
Les objectifs de la CITES en matière de conservation
consiste: à assurer le suivi et juguler le commerce
international des espèces menacées d'extinction; à
maintenir les espèces objet d'exploitation commerciale
internationale, dans un équilibre écologique; et à aider
les pays à parvenir à l'utilisation durable à travers le
commerce international. Les mécanismes à travers lesquels
les Parties de la CITES réglementent le commerce de la faune
et la flore sauvages passent par l'imposition de contrôles et
de régulations sur les espèces listées dans trois Annexes.
L'Annexe I dresse la liste des espèces menacées d'extinction
du fait du commerce international. L'échange de ces espèces
n'est autorisé que dans des circonstances exceptionnelles.
Les espèces figurant dans l'Annexe II sont l'objet d'un
commerce strictement régulé basé sur des quotas et/ou des
permis, aux fins de prévenir leur utilisation de manière non
viable; et des contrôles visant à maintenir les
écosystèmes et à prévenir les risques de voir ces espèces
devenir éligibles à l'Annexe I. Les espèces retenues dans
l'Annexe III sont assujetties à une régulation par une
Partie nécessitant la coopération d'une autre Parties, dans
le contrôle de leur commerce international. Pour ajouter une
espèce à l'une de ces listes, une Partie doit présenter à
l'approbation de la CdP, une proposition renfermant les
données scientifiques et biologiques concernant la population
et les tendances en matière de commerce. La proposition doit
être appuyée par une majorité de deux tiers des Parties
présentes et votante à la CdP, abstentions non incluses. La
CITES n'accepte sur les listes que les espèces dont les
populations subissent un impact évident du commerce.
Actuellement, 890 espèces de flore et de faune sauvages
figurent dans l'Annexe I; 29,111 dans l'Annexe II, et 241 dans
l'Annexe III. Les espèces de flore sauvages y sont environ
sept fois plus nombreuses que celles de faune sauvages. A
mesure que l'impact commercial subi par ces espèces augmente
ou diminue, la CdP décide de leur déplacement vers une autre
Annexe, voire de leur suppression des Annexes.
La CITES régulent le commerce international à travers un
système de permis et de certificats exigés avant l'entrée
ou la sortie des spécimens aux frontières des pays. Chaque
Partie doit adopter une législation nationale consacrant la
désignation officielle de l'Autorité de Gestion chargée de
délivrer ces permis et certificats sur avis de l'Autorité
Scientifique Désignée. Les Parties doivent tenir des
documents commerciaux à faire parvenir annuellement au
Secrétariat de la CITES, dont l'ensemble permettra la
compilation de données statistiques sur le volume des
échanges commerciaux mondiaux des espèces figurant dans les
Annexes. Ces deux autorités nationales désignées doivent
également aider à la mise en application de la CITES, à
travers une coopération avec les services de douane et de
police ou avec les agences appropriées.
Les organes opérationnels de la CITES comprennent la CdP
et son Comité Permanent, ainsi que plusieurs comités de
conseil scientifique - le Comité pour les Animaux, le Comité
pour les Plantes, le Comité chargé de la Nomenclature et le
Comité chargé du Manuel d'Identification. Domiciliée à
Genève, le Secrétariat de la CITES interprète les
dispositions de la Convention et apportes ses services aux
Parties et aux Comités de la CITES. A ce jour, la CdP s'est
réunie à dix reprises.
La CdP-10: La dixième session de la CdP (CdP-10) se
déroula à Harare, au Zimbabwe, du 9 au 20 juin 1997. La
CdP-10 procéda à l'examen des mesures de contrôle
applicables sur le commerce de plus de 100 espèces,
déplaçant neuf d'entre elles de l'Annexe II à l'Annexe I,
et faisant passer 18 de l'Annexe I vers l'Annexe II. La CdP-10
adopta une résolution sur les remèdes traditionnels,
reconnaissant qu'ils constituent un sujet à part entière et
recommandant l'abolition de l'utilisation illicite des
espèces menacées d'extinction dans les remèdes. On y adopta
également des résolutions portant sur une nouvelle
définition du terme "élevée en captivité," sur
la vente de produits dérivés des espèces figurant dans
l'Annexe I dans les aéroports internationaux, et la révision
du processus de transport des animaux vivants.
Le débat de longue date sur la conservation et le commerce
de l'Eléphant Africain se poursuivit à la CdP-10. Les trois
protagonistes du commerce de l'ivoire de l'Eléphant Africain,
le Zimbabwe, la Namibie et le Botswana, soumirent des
propositions individuelles appelant à déplacer les
populations d'éléphants dont ils disposent de l'Annexe I à
l'Annexe II. Chacune des propositions inclut des mesures de
précaution telles que la limitation des ventes d'ivoire au
Japon, le marquage de toutes les défenses conformément aux
régulation de la CITES, et restreignant le commerce aux
seules défenses, en brut, accompagnées de certificat
d'origine national et d'attestation de mortalité naturelle.
Un vote de compromis permit au Zimbabwe, à la Namibie et au
Botswana de transférer leurs populations d'éléphants de
l'Annexe I vers l'Annexe II et autorisa la vente d'un
"quota expérimental," dont les bénéfices devaient
aller aux efforts fournis dans le domaine de la conservation
de l'Eléphant Africain. La CdP-10 adopta par ailleurs une
résolution consensuelle appelant à la mise en place d'un
système de suivi international général, pour aider à
l'évaluation des tendances du braconnage de l'Eléphant
Africain.
S'agissant de la conservation et du commerce baleinier, la
CdP-10 procéda à l'examen de cinq propositions soumises par
le Japon et la Norvège appelant à faire passer différents
stocks d'espèces de Baleines Grises et de Baleine de Mink, de
l'Annexe I à l'Annexe II. Les Parties devaient débattre
longuement des relations qui doivent exister entre la CITES et
la Commission Baleinière Internationale (CBI). Plusieurs
délégués proposèrent d'attendre le nouveau schéma de
gestion de la CBI avant l'adoption des propositions, d'autres
plaidèrent que la CITES se devait d'utiliser ses propres
critères pour l'établissement de la liste des espèces de
baleines. Aucune des propositions n'atteignit la majorité des
deux tiers requise pour le transfert des espèces baleinières
de l'Annexe I à l'Annexe II.
LES FAITS MARQUANTS DE L'INTERSESSION
REUNIONS DU COMITE PERMANENT DE LA CITES: Le Comité
Permanent (CP) se réunit à cinq reprises durant la période
intérimaire. Sa 39ème session eut lieu à la
suite de la CdP-10 à Harare, au Zimbabwe. Lors de sa 40ème
session, tenue à Londres, au Royaume-uni, en mars 1998, le CP
accepta l'audit des stocks d'ivoire déclarés par les
gouvernements et endossa le travail en cours mené par TRAFFIC
(le programme de suivi du commerce mis en place par l'UICN et
le Fonds Mondial pour la Nature) et par l'UICN en vue de
développer leurs systèmes d'information respectifs sur le
commerce de l'éléphant (ETIS) et le système de Suivi de
l'Abattage Illicite des Eléphants (MIKE). Le CP s'accorda
également sur la nécessité de missions techniques pour
aider à l'élaboration de stratégies permettant
l'amélioration du contrôle du commerce du tigre. Au cours de
sa 41ème session, réunie à Genève, en Suisse,
en février1999, le CP approuva la première vente commerciale
international légale d'ivoire. Lors de sa 42ème
réunion, tenue à Lisbonne, au Portugal, en septembre/octobre
1999, le CP nota le rapport du Secrétariat portant sur la
vérification de la conformité aux mesures de précaution
nécessaires devant être apportées à une cargaison unique
d'ivoire à destination du Japon. Il approuva par ailleurs les
rapports des missions techniques concernant les tigres menées,
entre autres, en Inde, en Chine, au Japon, au Cambodge et en
Indonésie, et décidèrent l'envoi de missions de haut niveau
en Chine, en Inde et au Japon. Le CP tint sa 43�me
r�union � Nairobi, deux jours avant la CdP-11. Le CP
s'accorda da mani�re unanime sur le r�glement int�rieur
r�vis�, d�taillant une proc�dure de m�diation visant �
r�soudre les plaintes des pays, ainsi que sur la nominations
des membres du bureau � la CdP-11.
NEUVIEME REUNION DU COMITE POUR LES PLANTES: Le Comit�
pour les Plantes se r�unit � Darwin, en Australie, du 7 au
11 juin 1999 pour examiner les propositions devant �tre
transmises � la CdP-11, dont, entre autres celles portant sur
l'harmonisation des annotations introduites au niveau des
esp�ces de plante commercialis�es � des fins m�dicinale,
l'exemption �ventuelle des "rainsticks" de l'Annexe
II, et les r�serves �mises par un certain nombre de Parties
au sujet du commerce de
Ginseng Asiatique. Des rapports sur les progr�s r�alis�s au
niveau
du commerce des plantes m�dicinales et au niveau du commerce
des plantes bulbaires de Turquie, furent pass�s en revue. Le
Comit� pour les Plantes approuva �galement un projet de
r�solution sur le commerce des sp�cimens de plantes
collect�es en milieu sauvage.
CINQUIEME REUNION DU COMITE POUR LES ANIMAUX: Le Comit�
pour les Animaux se r�unit � Antananarivo, � Madagascar, du
5 au 9 juillet 1999. Le Comit� s'accorda sur un certains
nombre de points d'action, dont, entre autres, l'�laboration
de projets de r�solutions sur le marquage des esturgeon,
l'utilisation des microcircuits pour le marquage d'animaux
vivants et l'examen de la question du commerce des
crocodiliens devant �tre d�battue � la CdP-11.
OUVERTURE DE LA REUNION
La veille de la CdP-11, les d�l�gu�s furent r�unis dans
une c�r�monie d'ouverture officielle. Willem Wijnstekers,
Secr�taire G�n�ral de la CITES ouvrit la conf�rence en
notant que la CITES est l'une des conventions
environnementales internationales qui exercent un impact des
plus directs sur la conservation des esp�ces. L'orateur
ajouta qu'une synergie appliqu�e �tait n�cessaire avec
d'autres accords environnementaux multilat�raux (AEM), en
particulier, les AEM ayant traits � la biodiversit�, en vue
de renforcer les capacit�s de la Convention et ses chances de
succ�s. Il souligna l'importance de la Vision Strat�gique
propos�e pour la p�riode d'ici 2005, en tant que moyen de
s'assurer qu'aucun animal ou plante ne devienne l'objet d'une
exploitation non viable du fait du commerce international. Il
nota par ailleurs que le plan d'action d�taill� soumis dans
la proposition constituait un outil essentiel pour la
d�termination de l'avenir de la CITES. Il souhaita voir une
attention accord�e � l'ensemble des propositions
d'amendements, et pas uniquement aux d�bats sur les
�l�phants, les baleines, les requins et les tortues marines.
Robert Hepworth (Royaume-Uni), Pr�sident du Comit�
Permanent de la CITES, fit remarquer que pr�s de 6 milliards
d'�tre humains sont tributaires de la faune et de la flore
sauvages pour ce qui est de leur alimentation, chauffe,
rem�de et moyens de subsistance, et r�futa l'existence d'un
r�el conflit au niveau de la satisfaction des besoins � la
fois des �tres humains et de la nature. Il attribua la
r�ussite de la CITES � caract�re pratique de ses concepts
de r�gulation ou d'interdiction du commerce, � sa capacit�
d'�volution, et au dur labeur des gouvernements dans la mise
en application de l'accord. Il appela la Convention sur la
Diversit� Biologique (CDB) et la Convention sur les Esp�ces
Migratrices (CEM), � se focaliser sur le renforcement des
capacit�s dans les pays en d�veloppement, sur l'utilisation
durable de la viande de brousse et sur la conservation des
tortues marines.
Le Dr Klaus T�pfer, Directeur Ex�cutif du PNUE, souligna
que la CITES est devenue un outil des plus significatifs de la
conservation de la faune et de la flore sauvages. Il appela �
un examen exhaustif de l'ensemble des esp�ces propos�es �
l'amendement dans l'Annexe I, et encouragea la CdP � se
focaliser, entre autres, sur: la r�duction du commerce
illicite; l'am�lioration du soutien et de la participation du
public; l'am�lioration des bases financi�re et
administrative; la conservation � travers la biodiversit�;
les processus de d�veloppement; et la protection des droits
de propri�t�. Il rappela que les causes des pertes de la
biodiversit�, telles que la pauvret� et la dette, sont bien
connues et sugg�ra l'instauration d'une nouvelle forme de
solidarit� pour la protection du patrimoine mondial commun.
Il identifia les efforts visant � �valuer la mise en �uvre
de la CITES, y compris le Rapport du PNUE "Outlook
2000", et souhaita voir la CdP-11 prendre en consid�ration
les recommandations adopt�es par l'atelier du PNUE sur les
th�mes de la mise en application et du respect des
obligations, qui s'est tenue � Gen�ve en 1999.