Publié par L'Institut International du Développement Durable
(IIDD)
Vol. 15 No. 22
mardi 07 septembre 1999
LES FAITS MARQUANTS DU CIN-3 SUR LES POP
LUNDI 6 SEPTEMBRE 1999
En cette première journée de la troisième
session du Comité de Négociation Intergouvernemental (CIN-3) chargé
d'élaborer un Instrument International Juridiquement Contraignant aux
fins de l'Application de Mesures Internationales concernant Certains
Polluants Organiques Persistants (POP), les délégués devaient
entendre les allocutions d'ouverture de Philippe Roch, Secrétaire
d'Etat, Directeur de l'Agence Suisse de l'Environnement, des Forêts
et du Paysage, et du Dr Klaus Töpfer, Directeur Exécutif du PNUE.
Les délégués devaient par ailleurs adopter l'ordre du jour
provisoire, présenter made des déclarations générales et entendre
lecture du rapport des Coprésidents du Groupe d'Experts chargé des
Critères de choix des POP (GEC).
LA PLENIERE D'OUVERTURE
Le Président John Buccini (Canada) ouvrit le
CIN-3 et introduisit Philippe Roch qui souhaita la bienvenue aux délégués
puis souligna l'importance de la coopération mondiale pour le
traitement des POP. L'orateur appela à la solidarité et à un effort
mondial pour l'arrêt de la production des POP et l'élimination des
stocks existants. Roch mit également en relief la nécessité
d'ajouter d'autres substances dans la convention et de faire pression
sur l'industrie pour l'amener à arrêter le développement et la
production de nouveaux POP. Il souligna que les exceptions
d'utilisation des POP ne doivent être permises que dans les cas où
l'intérêt public est servi, tels que celui du recours au DDT pour le
contrôle de la malaria. Avant de conclure, le Secrétaire d'Etat fit
état de l'offre de la Suisse de financer la première Conférence des
Parties qui doit se tenir dans un pays en développement.
Le Dr Klaus Töpfer, Directeur Exécutif du PNUE,
fit remarquer que le CIN se trouvait à un point critique de ses négociations
et souligna qu'il est temps d'élaborer des mesures de contrôle spécifiques
et de fixer des dates butoirs pour les 12 POP. Il indiqua qu'aucun
pays n'était immunisé contre les POP, qu'aucun pays, agissant seul,
ne pouvaient y faire face, et que tous les pays tireront profit de la
participation à l'action mondiale. Tout en soulignant la nécessité
de réduire et d'éliminer l'utilisation du DDT, il précisa que cela
ne devait pas se faire au détriment des vies exposées à la malaria,
et appela au développement de méthodes alternatives pour le contrôle
de cette maladie. Il se félicita des contributions versées au fonds
pour le contrôle des POP et mit en exergue l'impératif de poursuivre
ce financement aux fins de compléter les négociations.
Le Président Buccini devait ensuite introduire
l'ordre du jour provisoire (UNEP/POPS/INC.3/1) et les délégués
l'adoptèrent. Il présenta l'organisation prévue pour les travaux
telle que figurant dans la Note du Secrétariat (UNEP/
POPS/INC.3/INF/7) et fit part de son intention d'aborder en Plénière,
les articles consacrés aux obligations de base de la convention,
notamment: les mesures de réduction ou d'élimination des POP; les
plans nationaux de mise en œuvre; l'échange des données;
l'information, la sensibilisation et l'éducation du public; et, la
recherche, le développement et la surveillance. Il indiqua que la répartition
en Groupe de Négociation et en Groupe de Mise en Œuvre se ferait
mercredi et nota la constitution du Bureau du Groupe de Mise en Œuvre,
lequel comprend la République Tchèque, l'Inde, l'Angola et
l'Autriche. Il indiqua s'attendre, d'ici la fin du CIN-3, à voir les
articles ci-dessus mentionnés, en bonne et due forme, et à avoir un
projet de texte pour l'article consacré au processus d'adjonction de
nouveaux produits chimiques à la convention.
Jim Willis, Chargé des produits chimiques au
PNUE, introduisit les rapports de la réunion, les documents de la réunion
et les documents d'information tels que figurant dans UNEP/POPS/INC.3/INF/16.
Il mit en relief deux documents de la réunion élaborés à la requête
du CIN-2: Analyse de certaines conventions
applicables aux dix POP produits intentionnellement (UNEP/POPS/INC.3/2);
et, définition des termes: "élimination",
"destruction", "déchet" et "réserve"
appliqués aux POP (UNEP/POPS/ INC.3/3).
Concernant l'évaluation des activités
internationales en cours ayant rapport avec le travail du CIN, Willis
présenta un rapport comprenant une mise à jour de la liste des
actions de réduction et/ou d'élimination de l'utilisation des POP (UNEP/
POPS/INC.3/INF/9). Notant que le PNUE a dresser cette liste pour éviter
la duplication des efforts, s'assurer de l'utilisation efficace des
ressources et faciliter la coordination et la coopération entre les
pays et les organisations, il mit en relief le nombre élevé de pays
ayant répondu à la requête adressée par le Secrétariat en 1999
demanda une mise à jour de des données relatives à l'évaluation et
à la surveillance, aux mesures de régulation et aux activités
visant directement les POP. Il nota que le document était utile mais
que la liste des informations reçues au 1er juillet 1999, n'était
pas encore complète. Décrivant la nouvelle phase d'activités sur
les POP dans laquelle le PNUE se trouve engagé, il mit en exergue
deux ateliers régionaux tenus cette année, l'organisation d'une série
d'atelier de formation pour fin
1999 et pour l'an 2000, la mise à disposition de quatre nouvelles
publications sur les POP et les préparatifs d'un nouveau projet
pilote pour le travail d'identification ou de traitement des
substances toxiques persistantes. Il fit l'éloge de la coopération
établie avec le FEM pour le traitement des substances toxiques
persistantes dans le cadre de son programme consacré à l'eau.
En réponse, l'INDONESIE souligna les difficultés
rencontrées au niveau de la collecte des données quantitatives. Le
CAMEROUN encouragea le renforcement de la coopération régionale et
sous-régionale. La GAMBIE parla de sa focalisation actuelle sur une
étude de cas intéressant les PCB qui a besoin de l'aide du PNUE. Les
ETATS FEDERE DE MICRONESIE firent état des préoccupations spécifiques
des Petits Etats Insulaires en Développement. L'ORGANISATION MONDIALE
DE LA SANTE (OMS) présenta un rapport d'avancement sur l'élaboration
du plan d'action de l'OMS visant la réduction du recours au DDT pour
des raisons de santé publique (UNEP/POPS/INC.3/INF/15) et souligna la
nécessité de surmonter les problèmes des coûts.
Le représentant de PHYSICIANS FOR SOCIAL
RESPONSIBILITY fit part de ses réserves concernant l'utilisation du
DDT pour le contrôle de la malaria et, avec les représentants des
ETATS-UNIS et du WWF, souligna la nécessité de supprimer le DDT et
de réorienter l'attention vers la recherche et la mise en place de
nouveaux mécanismes de contrôle de la malaria. Le MALI, les
PHILIPPINES, le NIGERIA, l'EGYPTE, la FEDERATIONDE RUSSIE, le KENYA,
SAMOA, la MALAYSIE et l'IRAN présentèrent leurs situations actuelles
en matière de POP, y compris les programmes nationaux visant l'élimination
de leur utilisation. Plusieurs pays requirent une assistance,
notamment aux plans juridique, technique et financier, de la part des
gouvernements ou des organisations. Le WWF encouragea les
gouvernements donateurs à apporter leur aide. Le délégué des
ETATS-UNIS accueillit favorablement l'intérêt démontré par le FEM
pour la prise en considération d'une gamme de projets consacrés aux
POP et souligna la nécessité: de plus de données sur l'utilisation;
d'une assistance technique et financière en faveur des pays en développement;
de mesures politiques fortes sur les déchets et les produits
secondaires des POP; des dispositions sensées dans le traité; et,
avec le CANADA et la CHINE, d'une coopération mondiale pour l'élimination
de l'utilisation des POP produits intentionnellement. Le CANADA requit
une évaluation de l'efficacité de la convention en tant que système
de surveillance mondiale et de son aspect pratique au niveau régional.
La FEDERATION DE RUSSIE et l'IRAN reconnurent les démarcations entre
les positions des pays industrialisés et des pays en développement
concernant les questions des POP et leur potentiel d'entraver le
travail du CIN. La CHINE mit en relief le principe des responsabilités
communes mais différentiées et appuya la mise en place d'un mécanisme
ressemblant au fonds multilatéral du traité de Montréal. Le WWF réitéra
que l'interdiction du DDT ne doit pas se faire au prix des vies exposées
à la malaria et retira sa date retenue pour la suppression mondiale
prévue pour 2007. L'orateur devait toutefois appuyer la poursuite des
efforts aux fins de concrétiser l'élimination, quelle que soit la
date.
Le NIGERIA, au nom des pays africains, appela à
un mécanisme financier multilatéral similaire à celui du traité de
Montréal, à des moyens d'échange d'informations et à une aide au
profit des pays en développement pour aider à la mise en application
de la convention. La représentante se déclara pour la suppression du
DDT dès lors que des alternatives efficaces du point de vue coût
sont disponibles. Le BOTSWANA nota avoir arrêté provisoirement
l'utilisation du DDT, et le délégué des PHILIPPINES affirma que la
malaria pouvait être réduite dans DDT. La THAILANDE exprima ses réserves
quant à la ré-émergence de l'utilisation du DDT, et exhorta les
pays à procéder à un échange des expériences pratiques dans le
domaine de la réduction de la malaria sans le recours au DDT.
L'ECUATEUR déclara que les pays industrialisés doivent arrêter
l'exportation des POP vers les pays en développement.
Le représentant de MALARIA PROJECT introduisit
une lettre ouverte signée par des docteurs, des scientifiques et des
économistes du secteur de la santé, appelant à permettre
l'utilisation du DDT pour des raisons de santé public aux fins de
lutter contre la malaria, et soulignant que les risques posés à la
santé par la malaria sont bien plus important que ceux du DDT.
L'orateur déclara que la convention doit requérir des pays
industrialisés de financer les alternatives si l'on veut que le DDT
soit supprimé ou éliminé. Le LESOTHO fit part de ses réserves
quant au conflit des preuves concernant le DDT et appela les pays
industrialisés à fournir des éclaircissements à ce sujet. La
ZAMBIE mentionna la perception publique que le DDT est le moyen de
contrôle le plus efficace contre la malaria. L'ARGENTINE appuya l'idée
de modifier la stratégie actuelle de lutte contre la malaria et
appela à une étude précise et approfondie sur le DDT. L'INDE appela
à une assistance technique et financière pour aider les pays en développement
à réaliser les objectifs de la convention. Le KOWEIT recommanda
l'insertion d'un article sur les arrangements régionaux et sous-régionaux,
ainsi que la mise en place d'un mécanisme d'étude et d'évaluation
des nouveaux produits chimiques pour s'assurer de la sécurité
environnementale, suggérant que le PNUE pourrait entreprendre une
telle étude. La REPUBLIQUE DE COREE appuya le recours à une approche
de précaution dans l'adjonction de nouveaux produits chimiques à la
convention.
Les Coprésidents Reiner Arndt (Allemagne) et
Fatoumata Jallow Ndoye (Gambie) Groupe d'Expert chargé des Critères
(GEC) présentèrent un rapport sur les conclusions du GEC-2 (UNEP/POPS/INC/CEG/2/3).
Le rapport renferme quelques d�finitions et un projet d'article sur
la proc�dure d'identification des POP additionnels, y compris les
exigences en mati�re de donn�es et les crit�res permettant la
proposition d'une substance ainsi que les exigences en mati�re
d'information concernant les risques et les consid�rations socio�conomiques.
Arndt nota que le GEC-2 a accompli le mandat du groupe. Il indiqua que
le GEC s'est accorder pour dire que les substances organiques dont les
produits d�riv�s sont des POPs doivent �tre �ligibles. Il nota par
ailleurs que le GEC n'est pas parvenu � un accord sur: les �l�ments
n�cessaires � r�aliser les crit�res de persistance; les donn�es n�cessaires
� d�montrer la bio-accumulation; ni sur une d�finition du potentiel
environnemental pos� par le transport. Il nota enfin que le GEC a
appuy� l'insertion d'une r�f�rence au principe de pr�caution dans
la convention.
Jallow Ndoye nota que le GEC a examin� les
options concernant la mise en place d'un comit� d'�valuation
chimique et a pr�f�r� l'�tablissement de deux comit�s d'�valuations
pour se pencher, l'une, sur l'�valuation des risques, l'autre, sur la
gestion des risques. La FINLANDE, au nom de l'UE, appuya la proc�dure
recommand�e et nota les estimations de temps et de co�t contenues
dans UNEP/POPS/INC.3/INF/11. Plusieurs pays, dont l'IRAN, la
REPUBLIQUE TCHEQUE, la SUISSE, La REPUBLIQUE DOMINICAINE, le MALI et
le CAMEROUN appuy�rent l'adoption du rapport en guise de plate-forme
pour la poursuite de la n�gociation. Le WWF mit en exergue le rapport
�labor� en r�action � celui du GEC. Le repr�sentant de
l'INTERNATIONAL POPS ELIMINATION NETWORK appela � l'insertion du
principe de pr�caution et � une proc�dure transparente. Buccini
loua le GEC pour avoir termin� son travail avant la date limite et de
mani�re si �conomique.
La Pl�ni�re devait ensuite se pencher sur l'�tablissement
d'un comit� de r�daction juridique (CRJ). Buccini proposa de mettre
sur pied un CRJ restreint aux seuls repr�sentants gouvernementaux,
avec l'Anglais pour langue de travail, qui sera mandat� d'�lire un
pr�sident, d'examiner les articles de proc�dure (Articles L � Z),
de s�parer le contenu politique et non -politique, d'�viter toute n�gociation
des politiques et d'accorder une priorit� aux accords � r�aliser
sur les articles cl�s en discussion au CIN-3. Anticipant un panier de
travail tr�s charg� pour le CRJ, l'UE proposa que ce dernier tienne
ses r�unions en parall�le � celles de la Pl�ni�re et des groupes
de travails. Le CANADA y fit objection et d�clara que le CRJ doit
rester dans ces groupes pour se faire une id�e claire sur les
intentions du CIN. La COLOMBIE appela � une repr�sentation r�gionale
appropri�e au sein du CRJ. La POLOGNE affirma que cela n'�tait pas
un facteur cl� pour le CRJ. L'UE, avec la COLOMBIE, appuya la pr�sence
d'un membre du Secr�tariat au sein du CRJ pour l'informer des d�veloppements
importants. Concernant la distinction entre contenu politique et
contenu non-politique, l'IRAN souligna la n�cessit� de clarifier le
sens de politique. Les d�l�gu�s s'accord�rent pour dire que le CRJ
se r�unira en tant que groupe � composition non limit�e, proc�dera
� l'�lection du pr�sident et pr�sentera � la Pl�ni�re, un
rapport sur la repr�sentation des pays au sein du CRJ, le plan de
travail qu'il souhaite et son opinion sur le contenu politique des
Articles L � Z.
DANS LES COULOIRS
Dans le d�bat sur la sant� humaine et celle de
l'environnement, des tensions ont sembl�es faire surface, suite de la
r�cente couverture m�diatique sur l'utilisation controvers�e du DDT
pour la lutte contre la malaria. Certains d�l�gu�s ont sourciller
devant les changements de positions sur les dates butoirs pr�vues
pour l'�limination du DDT et ont sp�culer sur les implications de
tels changements.
A SUIVRE AUJOURD'HUI
Les d�l�gu�s se r�uniront en Pl�ni�re pour
entamer le d�bat sur les mesures de r�duction ou d'�limination de
l'utilisation des POP dans l'environnement.
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