Publié par L'Institut International du Développement
Durable (IIDD) Vol. 12 No. 88 mardi 03 novembre 1998
LES FAITS MARQUANTS DE LA QUATRIEME CONFERENCE DES PARTIES DE LA
CCCC
2 NOVEMBRE 1998
Les délégués participant à la Quatrième Conférence des
Parties (CdP-4) de la Convention-Cadre sur les Changements
Climatiques (CCCC) ont entendu les allocutions de bienvenue et
examiné les questions d'organisation. Ils devaient débattre
longuement de l'ordre du jour de la CdP-4, se focalisant sur la
suppression du point concernant les engagements volontaires des
Parties non visées à l'Annexe I.
PLENIERE
Hiroshi Ohki (Japon), Président de la CdP-3, rappela le rôle
important joué par cette même CdP-3 pour trouver une réponse au
Mandat de Berlin et déclara que la CdP-4 se devait de relever le
challenge de maintenir l'élan politique créé à Kyoto. L'orateur
nota par ailleurs la nécessité de revoir les structures
économiques existantes et de reconsidérer les styles de vie.
Maria Julia Alsogaray, Secrétaire d'Etat chargée des
Ressources Naturelles et du Développement Durable d'Argentine,
devait être élue Présidente de la CdP-4. Elle nota que bien que
ne comptant pas parmi les pays qui ont des "responsabilités
historiques" quant au problème des changements climatiques,
l'Argentine désirait faire partie du groupe qui souhaite assumer
des responsabilités futures quant aux engagements pouvant
permettre d'aboutir à une solution. Elle ajouta qu'elle
souhaitait voir la CdP-4 marquer un nouvel élan dans le
processus et un plan d'action pour le travail futur établi au
cours de cette réunion. Alors que les pays en développement
partagent le fardeau de la responsabilité de faire face au
problème, ils ont le devoir d'assurer le développement durable.
Dr Fernando de la Rua, Chef du Gouvernement de la Ville de
Buenos Aires, fit observer que "Buenos Aires" voulait dire bon
air et souhaita voir cette coïncidence servir d'emblème à ce
processus et de gage de succès aux travaux de la CdP-4.
Michael Zammit Cutajar, Secrétaire Exécutif de la CCCC, fit
remarquer qu'il s'agissait là de la première CdP à être
organisée dans un pays en développement. Il anticipa qu'un plan
d'action ambitieux et politiquement ferme était tout à fait
envisageable comme résultat de cette réunion. Il nota que la
CdP-4 offrait l'occasion de revitaliser la CCCC elle-même, peut-
être à travers le renforcement du transfert des technologies et
du savoir-faire, et le soutien financier. La CdP-4 pourrait
être, pour la communauté des affaires, l'occasion de renforcer
son rôle dans la lutte contre les changements climatiques à
travers des programmes efficients menés de manière équitable.
Concernant les questions d'organisation, le Secrétaire
Exécutif proposa d'apporter quelques modifications à l'ordre du
jour provisoire (FCCC/CP/1998/1). L'ARABIE SAOUDITE, appuyée par
le KOWEIT, proposa de traiter l'Article 3.14 (effets adverses)
comme point à part. La MAURITANIE nota qu'aucune objection
n'avait été faite aux modifications proposées durant les
consultations informelles, le 1er novembre. Le Secrétaire
Exécutif proposa l'expansion de la parenthèse figurant dans le
point 4(e) de manière à y inclure des références à l'Article
3.14. L'ARABIE SOUDITE, appuyée par le VENEZUELA, accepta la
proposition mais souligna que la discussion prévue dans le cadre
du point 5 (questions liées au Protocole de Kyoto) doit
permettre assez de temps pour l'Article 3.14.
Au sujet du point 6 de l'ordre du jour (engagements
volontaires des Parties non visées à l'Annexe I), l'ARGENTINE
rappela sa requête d'inclure ce point dans l'ordre du jour et
nota qu'aucun consensus n'avait pu être réalisé en dépit de ses
efforts visant à encourager les consultations.
L'INDONESIE, au nom du G-77/CHINE, déclara que ce sujet avait
été longuement débattu et qu'aucun consensus n'avait pu être
atteint. L'orateur proposa l'adoption de l'ordre du jour sans le
point 6. L'INDE rappela que le débat de Kyoto avait rejeté
l'idée d'avoir des engagements volontaires, affirmant que le
concept n'était pas impliqué dans le principe des
responsabilités communes mais différenciées. L'ARABIE SAOUDITE,
le KOWEIT, le VENEZUELA et l'ALGERIE mirent en garde que la mise
en discussion de cette question à ce stade risquait de provoquer
des divisions et de détourner l'attention des débats sur les
problèmes de conformité et l'accroissement continu des émissions
dans les pays industrialisés. Le BRESIL qualifia la CCCC
d'exercice de partage du fardeau, reconnaissant la différence
des responsabilités entre les Parties visées et celles non
visées à l'Annexe I. Le délégué nota que les Parties non visées
à l'Annexe I était bien avancées dans la réalisation des
engagements qui sont aujourd'hui les leurs et, avec la CHINE,
mit en garde que ce point n'était pas introduit pour promouvoir
la CCCC, mais pour permettre à certains pays d'éviter d'assumer
les responsabilités qui leur incombent. L'IRAN et les EMIRATS
ARABES UNIS notèrent que ni la CCCC ni le Protocole de Kyoto ne
prévoyaient des engagements volontaires et mirent en garde que
la discussion risquait de d'aboutir à l'imposition de nouveaux
engagements aux pays en développement. L'EGYPTE déclara que les
pays en développement avaient le droit de prétendre au
développement durable pour améliorer la vie de leurs
populations.
La CHINE nota que les émissions des pays industrialisés
seront, selon les projections, 5% au-dessus des niveaux de 1990,
d'ici l'an 2000 et 13% au-dessus des niveaux de 1990, vers l'an
2010. Le délégué établit une distinction entre les émissions de
survie des pays en développement et les émissions de luxe des
pays industrialisés, et affirma que les pays en développement
risquaient de perdre l'aide financière et le transfert
technologique prévus dans le cadre de la CCCC. L'orateur ajouta
que des engagements volontaires créeraient une nouvelle
catégorie de Parties dans la CCCC et risquaient de détruire
l'unité du G-77/ China. Il déclara que la Présidence de la CdP
devait rester neutre. Le QATAR, le TOGO, CUBA, la THAILANDE et
l'OUGANDA apportèrent également leur appui au G-77/ China.
La TANZANIE et l'AFRIQUE DU SUD déclarèrent que les questions
méthodologiques et institutionnelles en rapport avec les
mécanismes de souplesse, tels que le MDP, doivent être le point
focal des délibérations. Le ZIMBABWE nota que les mécanismes de
souplesse cherchaient déjà à réduire davantage les émissions des
Parties non visées à l'Annexe I. SAMOA reconnut que la
Convention et ses objectifs pouvaient tirer profit d'un débat
sur les engagements volontaires, mais que la discussion de ce
sujet à ce stade risquait d'être préjudiciable. Les débats
doivent se focaliser sur ce qu'on pourrait attendre des pays en
développement et sur les initiatives que les pays de l'Annexe I
pourraient entreprendre pour aider les pays en développement. La
COLOMBIE suggéra d'ouvrir un débat plutôt sur la vulnérabilité
des nations en développement que sur leurs engagements. Le CHILI
déclara que de nombreux pays en développement étaient en train
de fournir des efforts sérieux pour la limitation des émissions
de gaz à effet de serre et fit part de son souhait de voir
s'établir un échange de vue sur une coopération volontaire, sans
imposition d'obligations contraignantes ni ignorance du principe
des responsabilités communes mais différenciées.
L'AUSTRALIE, appuya l'appel de l'Argentine à l'inclusion du
point 6 dans l'ordre du jour, notant que les pays de l'Annexe I
ne pouvaient à eux seuls réaliser les objectifs de la CCCC.
L'oratrice déclara qu'il s'agissait là d'une question sensible
qui avait besoin d'être abordée de manière non polémique. Avec
le JAPON, elle indiqua que les Parties non visées à l'Annexe I
qui souhaitent adopter des engagements volontaires doivent avoir
l'occasion de considérer les options offertes dans le cadre du
Protocole de Kyoto à travers la discussion.
La représentante des ETATS-UNIS exprima son regret de voir
les divergences dans les rangs des Parties empêcher les délégués
de mettre toutes les questions sur la table durant cette
session. Elle déclara que fermer la porte à la discussion ne
servait pas la compréhension mutuelle mais qu'une discussion
ouverte sur l'ensemble des options pouvait clarifier bon nombre
de questions et notamment: comment les Parties pourraient se
joindre à l'Annexe B; comment les années de référence seraient
déterminées; comment les Parties pourraient s'y prendre pour
élaborer leurs objectifs; et si les Parties étaient encore en
mesure d'accueillir des projets entrant dans le cadre du MPD.
Avec le JAPON et le CANADA, la NOUVELLE ZELANDE apporta son
soutien à l'ouverture d'un débat sur ce point. Le délégué
déclara que s'il devait en être autrement, la Présidente devrait
utiliser ses prérogatives et faciliter des consultations
officieuses. La NORVEGE appuya le droit dont doit disposer une
Partie donnée de soumettre au débat le sujet qu'elle souhaite
mais laissa à la discrétion du Président la manière de conduire
la discussion.
La FEDERATION DE RUSSIE rappela aux délégués que dans une
quinzaine d'années, les émissions des pays non visés à l'Annexe
I dépasseraient celles des pays visés à l'Annexe I. La
REPUBLIQUE TCHEQUE, avec la HONGRIE et la SLOVENIE, appuya
l'inclusion du point 6 et nota qu'il pouvait donner lieu à un
débat utile et à un dialogue fructueux. La POLOGNE déclara que
si les Parties souhaitent adhérer aux objectifs de la CCCC,
elles doivent être encouragées à assumer des engagements
volontaires. Ce dialogue refléterait la situation dynamique de
l'économie mondiale et les changements intervenus au niveau des
pays.
L'AUTRICHE, au nom de l'UE, déclara que la question de
l'élargissement des engagements à long terme est nécessaire et
incontournable. L'orateur reconnut ce qui a été accompli par
plusieurs pays non visés à l'Annexe I. Il indiqua qu'il n'était
sans doute pas possible de résoudre cette question en plénière
et proposa que le Président de la CdP décide de la manière de
procéder. Le délégué de la COREE déclara que son pays ne sera
pas en mesure d'accepter des engagements contraignants durant
bon nombre d'années mais qu'il appuyait la tenue de discussions
informelles.
L'ARGENTINE déclara qu'aucun aspect de la CCCC et du
Protocole ne limitait le droit de soulever la question des
engagements volontaires. Le représentant ajouta que la manière
de savoir comment les délégués appréhendent la question requérait la tenue d'un
débat. Finalement, les délégués adoptèrent l'ordre du jour
provisoire sans le point 6, à défaut de consensus sur son
insertion. La Présidente nota que plusieurs Parties avaient fait
part de leur intérêt pour la poursuite de la discussion et
qu'elle facilitera des consultations informelles. La CHINE mit
en garde contre les consultations informelles proposées,
affirmant qu'elles risquaient d'entamer la neutralité de la
présidence. L'INDE et l'ARABIE SAOUDITE firent observer que le
point a été supprimé en raison du fait qu'il n'y a pas eu
consensus sur la poursuite de la discussion. Le sujet des
engagements volontaires ne doit pas être considéré et la
Présidente ne doit pas participer dans des consultations.
S'agissant de l'élection des membres du Bureau, les délégués
suivants furent élus: Papa Cham (Gambie); Mohamed Al Sabban
(Arabie Saoudite); T. Gzirishvili (Géorgie); Harald Dovland
(Norvège); Ole Ploughmann (Danemark); Espen Rønneberg, (Iles
Marshall); John Ashe (Antigua et Barboude); Bakary Kante
(Sénégal); Kok Kee Chow (Malaisie); et Maciej Sadowski
(Pologne).
Les délégués devaient par ailleurs passer en revue les
rapports concernant le travail des organes subsidiaires, tels
que présentés par leurs présidents respectifs. Le Président du
SBSTA, Kok Kee Chow (Malaisie) présenta le document
FCCC/SBSTA/1998/5 and SBI, le Président Bakary Kante (Sénégal)
présenta le document FCCC/SBI/1998/ 6. AG13. Le Président
Patrick Széll (Royaume-Uni) déclara que le groupe était parvenu
à un accord sur son rapport final, à l'exception du libellé
crocheté portant sur l'adhésion au Comité Consultatif
Multilatéral (CCM). Certaines Parties avaient insisté sur
l'égalité au niveau de la représentation des Parties visées et
des Parties non visées à Annexe I, mais le G-77/CHINE déclara
que l'adhésion devait être basée sur l'égalité de la
représentation géographique. La Présidente déclara qu'elle
consultera le Bureau et qu'elle informera la Plénière le 6
novembre.
Les délégués examinèrent un projet de décision sur la
présence des organisations intergouvernementales et non
gouvernementales dans les séances des groupes de contact
(FCCC/CP/1998/L.1/Rev 1). L'ARABIE SAOUDITE déclara que la Règle
7 du projet de règlement interne (FCCC/CP/1996/2) autorisait la
présence d'observateurs et qu'il n'y avait pas besoin d'un
projet de décision. Le Secrétaire Exécutif rappela que le projet
de décision répondait à une requête spécifique du SBI telle que
figurant dans son rapport (FCCC/SBI/1998/6). La REPUBLIQUE
CENTRE AFRICAINE, la SUISSE et les ETATS-UNIS notèrent que la
CCCC devait pouvoir tirer profit de l'expérience des ONG et des
OIG. La Présidente nota que le projet de décision renfermait non
seulement des règles, mais également les manières de procéder au
sein des groupes de contact. Les délégués acceptèrent le projet
de décision.
Plusieurs pays devaient présenter ensuite des déclarations
générales donnant un aperçu sur leurs programmes nationaux et
internationaux, et devaient élaborer sur ce qu'ils attendaient
de la CdP-4 et des négociations à venir.
DANS LES COULOIRS
Les délégués opposés à l'initiative du pays hôte sur les
engagements volontaires et à la proposition de compromis de la
Présidente de la CdP de tenir des consultations informelles se
pr�parent � monter une garde vigilante pour s'assurer que le
sujet ne viendra pas s'immiscer de nouveau dans les discussions
officielles. L'une des pr�occupations exprim�es consiste �
�viter que le sujet r�apparaisse sous le d�guisement d'un autre
point de l'ordre du jour, tel que celui de la seconde revue de
l'ad�quation des engagements de la Convention (point 4 (d)). Les
d�l�gu�s ont not� par ailleurs qu'un certain nombre de questions
en suspens restaient � r�soudre dans le cadre de la Convention
et que plusieurs �l�ments du Protocole devaient �tre �labor�s,
et que ces sujets devaient �tre trait�s en priorit� � ce stade
des n�gociations.
A SUIVRE AUJOURD'HUI
SBI: Le SBI se r�unira � partir de 10h en Salle Pl�ni�re I.
SBSTA: Le SBSTA se r�unira � partir de 10h en Salle Pl�ni�re
II.
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