International
Institute for Sustainable Development (IISD)
LES FAITS MARQUANTS DE
LA TROISIEME CONFERENCE DES PARTIES DE LA
CONVENTION DES NATIONS-UNIES SUR LES
CHANGEMENTS CLIMATIQUES
8 DECEMBRE 1997
Les délégués
à la Troisième Conférence des Parties (CdP-3)
de la Convention des Nations-Unies sur les
Changements Climatiques (CCCC) ont tenu leur
réunion de haut niveau à laquelle devaient
assister les ministres et autres chefs de
délégations. Pour sa part, la Grande Commission
(GC) s'est réunie dans l'après-midi pour
poursuivre les discussions autour du texte de
négociation.
SEGMENT
DE HAUT NIVEAU
Ryutaro
Hashimoto, Premier Ministre du Japon, encouragea
les pays à s'entendre sur des objectifs de
réduction des émissions à la fois
significatifs, réalistes et équitables et qui
soient juridiquement contraignants. Il appela
toutes les Parties, y compris les pays en
développements, à améliorer volontairement
leurs mesures. Il se déclara en désaccord avec
l'idée que des règles strictes affectent
négativement l'économie, et nota qu'elles
pourraient même susciter l'innovation,
promouvoir l'investissement et donner naissance
à une industrie nouvelle.
José Maria
Figueres Olsen, Président du Costa Rica,
déclara que l'accord de Kyoto doit inclure des
coupes significatives au niveau des émissions
des pays industrialisés, un mécanisme de
financement établissant une passerelle entre les
pays en développement et les pays
industrialisés, et une participation volontaire
active des pays en développement. Il nota que le
Costa Rica a développé un instrument
commercialisable d'évaluation des réductions
d'émissions. Il appela les pays en
développement à bien remplir leur rôle.
Kinza Clodumar,
Président de Nauru, qualifia la volonté
préméditée de détruire les petits Etats
insulaires de "crime indicible contre
l'humanité." Il affirma que la solution du
problème nécessitait plus qu'une simple
stabilisation des gaz à effet de serre (GHG). Il
nota la promesse du Président US Clinton pour
des réductions futures significatives et appela
le Vice Président Gore à faire une annonce
là-dessus.
Albert Gore Jr.,
Vice Président des USA, déclara que des seuils
d'émission contraignants réalistes créeront de
nouveaux marchés pour les technologies pour
l'amélioration des données du problème. Il
réitéra l'engagement des USA de réduire les
émissions de 30% par rapport aux niveaux
projetés d'ici 2010 et retraça les éléments
clés de la proposition US. Il annonça une plus
grande flexibilité dans les efforts visant à
aboutir à un engament assorti d'objectifs et de
calendriers réalistes, de mécanismes de
marché, et de la participation des principaux
pays en développement.
Maurice Strong,
Secrétaire Général Adjoint et Coordinateur
Exécutif de la Réforme des Nations Unies,
présenta une allocution au nom du Secrétaire
Général de l'ONU, Kofi Annan. Il déclara en
substance que beaucoup seraient déçus si
l'accord de Kyoto ne devait être qu'un pas
modeste. Mais les objectifs et calendriers
contraignants en perspective démontre le chemin
parcouru par la communauté des nations pour
assumer les responsabilités.
Le Président de
la CdP, Hiroshi Ohki (Japon), rapporta les
progrès substantiels réalisés dans les
discussions intenses de Kyoto et se déclara
confiant quant à la percée vers un accord
final. Il appela les ministres à apporter une
volonté politique à l'objectif visant à amener
les pays industrialiser à monter l'exemple.
Le Secrétaire
Exécutif de la CCCC, Michael Zammit Cutajar se
félicita du caractère remarquable de la
Conférence, compte tenu de l'intérêt
médiatique et de l'échelle de la diffusion sur
l'Internet qui ont focalisé l'attention du monde
entier sur Kyoto. Il déclara que la pratique Zen
consistant à aller au delà des frontières
mentales constituait un bon thème pour les jours
à venir lorsque les négociateurs auront besoin
de dépasser la tendance à prendre en
considération les coûts à court terme et à
négliger les opportunités économiques à long
terme.
Pour le
G-77/Chine, Bakari Mbonde (Tanzanie) déclara
qu'une action décisive était nécessaire pour
le renforcement des obligations des pays
industrialisés. Il mit en exergue le Mandat de
Berlin pour la réalisation des QELROs et
l'avancement de la mise en application des
engagements liés à l'Article 4.1 sans nouveaux
engagements pour les Parties pays en
développement. Les pays en développement
avaient pris leurs propres mesures mais la
réussite de ces dernières restait tributaire de
la concrétisation des engagements des pays
visées à l'Annexe I et notamment du transfert
technologique. Il rejeta la mise en uvre
extra territoriale des objectifs et accueilli
favorablement l'initiative qui se rapporte au
fonds pour le développement propre.
L'UE rejeta une
différentiation qui affaiblirait les objectifs.
Cette dernière doit au contraire garantir
l'adoption d'engagements comparables, au moins
pour les économies majeures. Une flexibilté
aboutissant à des brèches dans le système
susceptibles d'être préjudiciables à
l'environnement est tout aussi inacceptable. Il
apporta son appui: à la proposition "trois
plus trois" pour les gaz à traiter; à ne
retenir l'idée des échanges en matière
d'émission qu'à la condition d'avoir des
objectifs forts et des mesures intérieures
importantes, un suivi, des sanctions et des
garde-fous du marché; et à l'exécution
conjointe à condition qu'elle soit assortie de
règles et de garde-fous. Il affirma que des
P&M obligatoires et bien coordonnées à
l'échelle internationale sont indispensables.
Les suggestions préconisant que les pays en
développement doivent prendre de nouveaux
engagements n'aident pas les négociations et
sont en contradiction au mandat de Berlin. La
mobilisation de ressources nouvelles et
supplémentaires à travers le mécanisme de
financement peut renforcer la limitation
volontaire des émissions de GHG par les pays en
développement.
Plusieurs
orateurs devaient se focaliser sur les éléments
nécessaires à l'accord de Kyoto. Samoa, au nom
de l'AOSIS, et appuyé par Niue, déclara que
l'accord de Kyoto doit porter sur des objectifs
à court et moyen termes forts pour les Parties
visées à l'Annexe I et comprendre un mécanisme
d'évaluation précoce de leur adéquation. La
Norvège déclara que les pays industrialisés
doivent s'accorder sur un objectif de réduction
global de tous les GHG situé entre 10 et 15%
d'ici 2010. L'approche à taux uniforme manque
d'équité et d'efficacité et ne pourrait servir
qu'à rendre impossible la conclusion d'un accord
ambitieux. L'Afrique du Sud appuya les objectifs
proposés par l'UE.
Plusieurs
intervenants, tels que l'Iran, l'Inde, le
Bangladesh, le Venezuela, la Corée,
l'Indonésie, la Malaisie, les Maldives, la
Chine, le Paraguay, les Seychelles et la Barbade,
au nom de la Communauté des Caraïbes,
s'opposèrent à tout nouvel engagement pour les
pays en développement étant donné que les pays
industrialisés n'ont pas honoré les leurs.
Certains donnèrent un aperçu sur les actions
déjà en cours. La Chine déclara qu'elle n'a
pas pu prendre de mesures de réduction parce que
son objectif majeur est le développement. Le
Mexique est en train d'assumer ses
responsabilités et continuera à le faire quel
que soit le résultat de Kyoto.
Le Japon souhaite
avoir des engagements volontaires pour les pays
en développement les plus avancés et un
processus d'évaluation des engagements pris par
l'ensemble des Parties. L'Argentine appela à des
engagements contraignants pour les Parties
visées à l'Annexe I ainsi qu'a des objectifs
différenciés. La Russie fit part de son
intention de traduire les engagements
quantitatifs en pratique conjointement à tous
les autres pays dont les intérêts sont
restreints par le concept de différentiation
partielle.
L'Australie
déclara que l'accord doit inclure les sources,
les puits absorbants et les critères de
différenciation. Le Canada proposa des
réductions de 3% pour la période 2008-2012 et
5% d'ici 2013- 2017. La représentante nota que
les émissions des pays en développement sont en
augmentation et appuya l'idée d'avoir des
obligations par étapes pour ces mêmes pays. La
Nouvelle Zélande affirma qu'un objectif de 5%
au-dessous des niveaux de 1990 pour les Parties
visées à l'Annexe I est tout à fait
réalisable dans une dizaine d'années et qu'un
certain nombre de mesures de réduction ne doit
pas intéresser les pays les moins lourdement
industrialisés.
Certaines
délégations, telles que l'Inde, la Syrie, la
Moldavie, la Bolivie, la Papouasie
Nouvelle-Guinée, le Honduras, le Nigeria, le
Pakistan et le Botswana soulignèrent que les
capacités des pays en développement doivent
être améliorées à travers le transfert des
technologies et des ressources financières. Le
Royaume-Uni nota les éventuels profits
économiques de mesures comme celles de
l'amélioration du transport, de l'habitat, de
l'efficience énergétique, et des technologies
écologiques. L'Australie mit en relief la
nécessité de développer et de mettre sur le
marché les technologies d'efficience
énergétique. Le Mozambique affirma que les
échanges en matière de permis de pollution sont
susceptibles de favoriser le transfert
technologique.
Différents
orateurs firent part de points de vue divergeants
sur les mécanismes de souplesse. La Suisse et la
Norvège apportèrent leur appui à l'exécution
conjointe, une fois les modalités approuvées,
et à l'idée que les pays industrialisés ne
doivent pas fuir les objectifs de réduction. La
Russie déclara que l'exécution conjointe et
l'échange en matière d'émissions peuvent
renforcer le partenariat entre pays
industrialisés et pays en développement. Le
Canada indiqua que la souplesse est n�cessaire
pour l'ajustement des changements requis pour la
mise en uvre de r�ductions efficaces du
point de vue des co�ts.
Le Venezuela, la
Chine et l'Indon�sie firent objection aux
�changes en mati�re d'�mission. La France
d�clara que les alternatives de souplesse ne
doivent �tre utilis�es que lorsque des
r�ductions quantifiables sont r�alis�es.
L'Argentine, l'Ouzb�kistan et la Lituanie
appuy�rent l'ex�cution conjointe comme �tant
utile pour l'acc�s aux technologies
�cologiquement rationnelles. Le Danemark
d�clara que l'�change en mati�re d'�mission
ne garantit pas la fin des possibilit�s de
fraude et le commerce de "l'air chaud"
ne doit pas �tre permis. Le Br�sil appela � la
poursuite de l'examen des permis des �changes en
mati�re de pollution entre les pays
industrialis�s. .
Les Ministres
mirent en exergue un certain nombre d'autres
questions. L'AOSIS, le Br�sil, le Nigeria et le
Danemark apport�rent leur appui � la mise en
place d'un fonds pour le d�veloppement propre,
financ� par les pays industrialis�s
proportionnellement � leur degr� de non
conformit� aux objectifs. L'Argentine souhaita
avoir des d�finitions commune pour les puits
absorbants, y compris la r�habilitation des sols
d�grad�s. La Hongrie rappela son accord � se
joindre � l'Annexe I et nota son �volution vers
le d�veloppement durable.
Le Venezuela,
Qatar, le Kowe�t, le Nigeria et l'Arabie
Saoudite appel�rent � un m�canisme de
compensation pour les pays exportateurs de
p�trole permettant de couvrir le manque �
gagner d�coulant du respect des objectifs.
L'Espagne, le Portugal, l'Allemagne, la Gr�ce et
le Danemark not�rent leurs plans de proc�der �
des coupes dans leurs �missions dans le cadre du
plan g�n�ral de l'UE. L'Islande d�clara que
l'�nergie renouvelable doit jouer un r�le
accrue.
GRANDE
COMMISSION
Les d�l�gu�s
devaient discuter du projet de protocole objet du
papier officieux du Pr�sident dat� du 7
D�cembre. La Russie, appuy�e par la Norv�ge,
l'Ukraine, l'Australie et l'Islande, proposa un
libell� �tablissant pour les Parties vis�es �
l'Annexe I, un objectif collectif sur
l'�quivalent net des �missions de CO2 assorti
d'annexes portant sur des objectifs particuliers
des diff�rentes Parties. Le d�l�gu� US fit
part de son int�r�t. Le Pr�sident Estrada
indiqua qu'il ne discuterait pas la proposition
sans qu'il n'y ait de chiffres. Le repr�sentant
de Trinit� et Tobago, appuy� par Tuvalu,
d�clara que de telles annexes seraient
probl�matiques. Le Royaume-Uni n'appuyait pas la
proposition sans avoir de chiffres.
Plusieurs
d�l�gations sugg�r�rent des modifications au
projet d'article relatifs aux puits absorbants.
Le d�l�gu� US proposa de comptabiliser les
�missions sur la base du net et de soustraire
75% des �missions du compte des puits absorbants
pour la premi�re p�riode des engagements. Le
Pr�sident Estrada d�clara que les sources et
les puits ne doivent pas �tre mentionn�s pour
d�guiser ce qui est r�ellement d�cid�. Il
demanda aux d�l�gu�s d'�tre sinc�res pendant
48 heures.
Le Pr�sident
Estrada introduisit le d�bat sur les gaz �
couvrir. Rappelant sa proposition "trois
plus trois", il proposa de retenir une
ann�e de d�part diff�rente pour le second
"panier" de gaz. Le d�l�gu� US,
soutenu par la Nouvelle Z�lande, proposa 1995.
La Russie sugg�ra le traitement du panier des
six gaz durant la seconde p�riode des
engagements. L'Islande, appuy�e par la Norv�ge
et l'UE, fit objection � la proposition US parce
que certains pays avaient d�j� commenc� �
faire des efforts pour la r�duction d'�mission
pour les gaz inclus dans le second panier. La
Norv�ge demanda si les Parties disposant de
donn�es suffisantes sur leurs �missions de 1990
des gaz propos�s dans le second panier,
pouvaient adopter l'approche bas�e sur
l'ensemble des gaz. L'Inde d�clara que le G-77/
Chine souhaitait revisiter la question apr�s
l'annonce des chiffres int�ressant les QELROs.
Le Canada,
appuy� par la Nouvelle Z�lande, la Russie et
les USA, demanda que son texte concernant les
�changes en mati�re d'�missions soit retenu en
remplacement de l'Article 6, notant en
particulier, ses lignes directrices et la section
assignant aux Parties la responsabilit� de
l'ensemble des transactions, y compris celles
effectu�es par des interm�diaires. Le
G-77/Chine et l'Uruguay demand�rent la
suppression de l'article, acceptant que le
libell� puisse toutefois rester en
consid�ration. Le porte-parole d�clara que la
question centrale est celle des chiffres. Le
Pr�sident Estrada d�clara qu'il ne voyait pas
bien comment la proposition r�duirait les
�missions. Le Togo, appuy� par la Malaisie,
proposa l'ajournement de la session en attendant
la proposition des chiffres. La Nouvelle Z�lande
d�clara que la r�solution de la question des
�changes permettrait de progresser sur la
question des engagements. La Chine r�pondit que
si les QELROs ne sont pas r�solus, la conclusion
d'un protocole n'aura aucun sens.
Le d�l�gu� US
d�clara que son chiffre constitue un paquet qui
d�pendra des gaz inclus, de la mani�re dont les
puits compteront et des types de souplesse
disponibles. S'il n'y a pas d'�change en
mati�re d'�mission, le chiffre ne sera pas le
m�me. Il proposa un paragraphe suppl�mentaire
tir� de l'Article 7 (ex�cution conjointe)
permettant les projets entre les Parties vis�es
� l'Annexe I. L'UE d�clara que l'�tendue de la
souplesse, �changes en mati�re d'�missions
compris, reste tributaire des chiffres des
QELROs. La Colombie d�clara que les
possibilit�s de souplesse �taient en train de
s'�puiser dans les rangs des pays non vis�s �
l'Annexe I. Samoa sugg�ra que la mise �
disposition d'un �ventail de chiffres aiderait
le d�bat sur les �changes en mati�re
d'�mission. L'Ukraine plaida pour le maintien
des Articles 6, 7 et 8 parce qu'ils d�finissent
les m�canismes d'application. La Russe appuya la
proposition du Pr�sident de clore le d�bat, et
sugg�ra un protocole entre l'UE et le
G-77/Chine. L'Ouganda d�clara qu'il ne doit pas
y avoir de "libre �change" en mati�re
d'�mission. Le Pr�sident Estrada fit part de
son intention de produire un texte de proposition
d'approche finale, avec les chiffres et les
positions concernant les QELROs. La date limite
pour la soumissions des chiffres est fix�e �
mardi, 15h.
DANS
LES COULISSES
Une pression
augmente sur les pays vis�s � l'Annexe I pour
la soumission de leurs objectifs chiffr�s pour
les QELROs, � mesure que les n�gociations
tirent sur la corde. Des tensions ont �merg�
lors de la r�union du Bureau �tendu
nouvellement form�, Lundi une r�union
regroupant des d�l�gu�s et des ministres
qualifi�e par l'un des participants, de
"partie de poker" o� seule la moiti�
des joueurs se retrouve autour de la mise finale.
Les Parties pays en d�veloppement ont, croit-on
savoir, perdu patience face � des pays
industrialis�s d�termin�s � rentrer chez eux
avec le paquet final sans avoir consult� leurs
"homologues importants" du G-77/Chine,
d�sormais repr�sent�s au sein du Bureau
�tendue. Ceci, en d�pit de l'espoir qu'�
l'issue de cette fin de partie complexe, un
certain nombre d'acteurs cl�s du G-77/Chine
seraient en mesure de participer de mani�re
significative, apr�s avoir mesur� l'importance
des profits potentiels des incitations offertes.
Jusqu'ici, cependant, le seul chiffre ayant sorti
des n�gociations est celui de l'heure limite
(15h) fix�e par le Pr�sident Estrada pour les
QELROs.
A SUIVRE AUJOURD'HUI
CdP: La
Pl�ni�re de la CdP se r�unit � partir de 10h.
GC: La Pl�ni�re
de la GC se r�unit � 15h.
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