International
Institute for Sustainable Development (IISD)
LES FAITS MARQUANTS DE LA TROISIEME CONFERENCE
DES PARTIES DE LA CONVENTION-CADRE DES NATIONS
UNIES SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES
2 DECEMBRE 1997
Les délégués
à la Troisième Conférence des Parties (CdP-3)
de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les
Changements Climatiques (CCCC) se sont réunis en
groupes de négociation relevant de la Grande
Commission (GC). Ils devaient y discuter des
objectifs quantitatifs de limitation et de
réduction des émissions (QELROs), des
institutions et mécanismes et de l'Article 4.1.
Des consultations officieuses ont été tenues
sur la question du traitement des puits
d'absorption du carbone. Un certain nombre de
délégations, de même que le Président de la
GC, devaient donner des points de presse.
QELROs
Le groupe de
négociation chargé des QELROs, présidé par
Raúl Estrada Oyuela (Argentine), tint sa
première réunion durant la matinée. Les
discussions devaient se focaliser principalement
sur la question des budgets et celle de la
différenciation. Concernant les budgets, l'une
des délégations expliqua une fois de plus sa
préférence pour le concept de l'approche
budgétaire. Un groupe de pays s'opposa au
concept, affirmant qu'il y avait confusion dans
les esprits entre le terme "périodes
budgétaires" et celui de "budgets
d'émission." Comme moyen d'éviter une
telle confusion, une délégation proposa
d'utiliser le terme "période de
conformité" dans le paragraphe concernant
le calendrier prévu pour les QELROs. Un groupe
de contact fut formé pour examiner le libellé
devant décrire la période "des budgets/de
la conformité." Un accord semble se
dessiner sur le fait que la durée de la
première "période budgétaire"
s'étende sur cinq ans. Les négociations doivent
se poursuivre toutefois pour déterminer son
point de départ.
Le groupe devait
discuter par ailleurs des éventuels paramètres
de la différenciation sur la base de l'offre
récente présentée par l'une des délégations
préconisant la souplesse quant à l'acceptation
du concept. L'un des pays indiqua que la
différenciation pouvait être appropriée si
elle était limitée et suggéra un
échelonnement de 0 à 5% à titre d'exemple. Un
groupe régional déclara qu'on ne devrait pas
permettre à la différenciation de servir
d'échappatoire. Des craintes furent exprimées
de voir la différenciation servir de prétexte
à l'inaction.
Le Canada soumit
une proposition sur les QELROs consistant en une
réduction des gaz à effet de serre (GHG) de 3%
au dessous des niveaux de 1990 d'ici 2010. La
proposition prévoit également une nouvelle
réduction de 5%, d'ici 2015, et indique que les
horizons 2010 et 2015 représentent les points
mi-parcours des périodes budgétaires.
L'objectif du Canada est un protocole permettant
une couverture générale englobant les puits
absorbants et les six gaz à effet de serre, et
un maximum de souplesse au niveau de son
application. Cette souplesse engloberait des
mesures telles que les échanges en matière
d'émission et l'épargne et le crédit des
budgets d'émissions. Le délégué indiqua par
ailleurs que l'exécution conjointe et les
crédits offraient la meilleure combinaison du
transfert technologique et financier en faveur
des pays en développement et exprima l'espoir
que ces derniers en perçoivent bien la valeur
potentielle. Il appela enfin à la reconnaissance
de la contribution potentielle des autres
mesures, y compris celle de l'exportation des
énergies à faible teneur carbonique.
Le Canada devait
déclarer également que les délégués doivent
quitter Kyoto confiant que les principaux pays en
développement, en particulier ceux dont les
émissions sont importantes et en augmentation,
seront finalement parties intégrantes du
processus devant aboutir à la solution des
problèmes. Les pays en développement doivent
prendre soin de ne pas fournir de munitions à
ceux qui n'hésiteront pas à prendre leurs
arguments comme excuse pour ne pas agir. Le
Canada affirma que l'équivalence des efforts est
un facteur important si l'on veut que son
objectif soit accepté à l'échelle intérieure.
Un moyen acceptable de reconnaître de manière
appropriée les circonstances nationales doit
être trouvé et des objectifs différenciées
pourraient en faire partie. L'orateur devait
indiquer par ailleurs qu'alors que le souhait de
l'UE d'agir conjointement soit compréhensible,
il n'était pas persuadé que l'approche serait
équitable. Le problème majeur inhérent à
l'approche de la "bulle" de l'UE est le
fait qu'elle permette une large différenciation
des objectifs au sein de l'UE tout en niant cette
possibilité de différenciation à d'autres.
L'effet de l'adhésion des futurs membres de l'UE
pose également problème.
Des groupes de
contact furent formés pour discuter de la
différenciation et du nombre de gaz à inclure
dans l'instrument juridique (couverture). Le
groupe chargé des QELROs devait poursuivre en
séance nocturne, ses délibérations sur les gaz
et les puits absorbants devant être couverts par
l'instrument juridique.
INSTITUTIONS
ET MECANISMES
Le groupe de
travail chargé des institutions et mécanismes
se réunit le matin et en début de soirée. Le
Président Takao Shibata (Japon) identifia un
certain nombre de points nécessitant un examen
plus approfondi: La Réunion des Parties,
l'entrée en vigueur, et la mise en conformité.
Après avoir identifié les principales questions
en suspens, le président Shibata établit un
groupe de contact officieux sous la présidence
de Patrick Szell (Royaume-Uni). Après sa
première réunion durant l'après-midi, le
groupe de contact rapporta qu'un certain progrès
a été réalisé sur l'article intéressant la
Réunion des Parties et qu'il entendait se
réunir de nouveau pour de nouvelles
délibérations. La discussion fut basée sur les
propositions avancées par le G-77/Chine lors de
l'AGBM-8 à Bonn. Le groupe de contact discuta
des liens entre la Réunion des Parties (RdP) et
la Conférence des Parties, de la manière dont
l'Article intéressant la RdP devrait se
référer à l'évaluation de l'adéquation des
engagements relevant de la CCCC, et d'un certain
nombre d'autres questions en suspens.
L'ARTICLE
4.1
Les participants
rapportèrent que peu de progrès ont été
réalisés dans le groupe de négociation chargé
de l'avancement de la mise en uvre de
l'Article 4.1 de la CCCC (correspondant à
l'article 12 dans le texte de négociation),
présidé conjointement par John Ashe (Antigua et
Barboude) et Bo Kjellén (Suède). Les pays
industrialisés favorisaient le libellé
alternatif selon lequel toutes les Parties
mettraient en uvre, entre autres, des
programmes nationaux et régionaux englobant des
mesures d'atténuation de l'évolution climatique
et de facilitation de l'adaptation adéquate. Les
pays en développement préféraient pour leur
part l'alternative stipulant que les pays
industrialisés doivent intégrer les QELROs et
les politiques et mesures dans leurs programmes
nationaux. Les pays industrialisés doivent
également spécifier les mesures prises pour
financer le transfert technologique, fournir des
ressources financières et aider à la couverture
des coûts des mesures d'adaptation.
Certains
délégués firent part de leurs réserves sur le
point de savoir qui doit supporter les coûts des
propositions, entre autres, de la formulation des
programmes visant à améliorer les mesures de
protection de l'infrastructure et du déploiement
des technologies d'adaptation. Concernant
l'Article 13 (ressources financières), certains
pays en développement firent objection au
libellé crocheté stipulant que les ressources
financières correspondant à l'ensemble de leurs
coûts approuvés doivent être fournies [à
travers le mécanisme défini par la Convention].
CONSULTATIONS
SUR LA QUESTION DES PUITS ABSORBANTS
Le groupe de
contact chargé de la question des puits
absorbants et présidé par Antonio La Viña
(Philippines) se réunit dans la matinée pour
discuter du projet de texte du Président sur ce
sujet. Le projet établit des QELROs sur le brut
des émissions et mesure la conformité en
fonction du net des émissions. Il se réfère
aux "changements vérifiables
découlant de la modification directe induite par
l'homme au niveau de l'utilisation des terres et
des activités forestières depuis 1990"
dans le cadre de la mise en conformité. Les
puits absorbants y sont limités à un changement
vérifiable au niveau des stocks couverts par les
modifications à apporter à l'utilisation des
terres et le secteur forestier dans les lignes
directrices du PICC.
Les délégués
réitérèrent leurs positions divergentes
concernant le point de savoir si les puits
absorbants doivent être inclus dans les QELROs
et la manière de le faire. Ils débattirent de
la signification d'un certain nombre de termes
figurant dans le projet de texte du Président,
certains notant que les qualificatifs
"nouvelle" et "directe"
étaient vagues. Des réserves furent également
soulevées pour la référence à l'année 1990
comme année de départ. Aucun accord ne put
être réalisé et le groupe de contact reprit
ses travaux en séance nocturne pour élaborer
des recommandations pour le groupe de
négociation chargé des QELROs.
POINTS DE
PRESSE
LE PRESIDENT
DE LA GC: Le Président de la GC, Raúl
Estrada Oyuela, rapporta qu'un certain progrès a
été réalisé dans les discussions et nota la
présentation officielle des objectifs du Canada.
Il nota également les discussions sur la
question de l'année de référence face à celle
des périodes budgétaires, selon lesquelles les
objectifs sont établis en termes de pourcentage
de réduction soit pour des années spécifiques
soit pour un certain nombre d'années. Il devait
préciser que les problèmes de transparence et
de souplesse n�cessitaient un examen plus
approfondi.
Au sujet de la
diff�renciation, il rappela qu'il y a eu un long
d�bat sur la possibilit� d'avoir un taux
uniforme face � celle d'avoir des taux de
r�duction diff�renci�s et nota que la
difficult� r�sidait dans la d�cision
concernant les crit�res � utiliser pour cette
diff�renciation. Il indiqua par ailleurs que les
Parties ont choisi les objectifs qui r�pondent
le mieux � leurs besoins et que beaucoup
d'efforts sont n�cessaires pour rendre ces choix
compatibles. Il fit part de sa crainte de voir,
lorsque la diff�renciation viendra � �tre
discut�e, les objectifs de r�ductions aller
vers le bas et non vers le haut. Il nota
qu'aucune Partie n'a encore d�clar� qu'elle
r�duirait plus que les autres.
Lorsqu'on lui
demanda si les d�l�gu�s ont discut� de
"l'�volution" de la Convention,
Estrada r�pondit que ce sujet n'a pas �t�
assign� � la GC. Il pr�cisa que l'Article 4.1
contenait des engagements pour toutes les Parties
et que la question se r�f�re � des engagements
quantitatifs par rapport aux �missions. Il
indiqua que des engagements quantitatifs
interviendront en temps opportun pour les pays en
d�veloppement. Lorsqu'on lui demanda si la
question de la diff�renciation �tait
susceptible d'�tre r�solue dans le court laps
de temps qui reste, Estrada nota que plusieurs
Parties ont d�j� une id�e claire sur ce
qu'elles entendent faire. Il indiqua aussi que la
tendance penchait vers l'option permettant
d'avoir des objectifs pluriannuels.
AUTRES POINTS DE
PRESSE: Le G-77/Chine, la Communaut� Europ�enne
(CE), le Japon, les USA et le Canada �taient
parmi ceux qui ont consacr� des s�ances
d'information � la presse. Le G-77/Chine
r�it�ra la n�cessit� de pr�server le
principe des responsabilit�s communes mais
diff�renci�es tel que d�fini dans la CCCC et
indiqua que la proposition des USA pr�conisant
des engagements "volontaires mais
contraignants" pour les pays en
d�veloppement est en contradiction avec ce
principe.
La CE d�clara
que l'on s'acheminait vers un consensus sur une
dur�e de 5 ans pour les "p�riodes
budg�taires", indiquant toutefois que de
nouvelles consultations �taient n�cessaires
pour d�terminer le point de d�part de la
premi�re p�riode budg�taire. L'orateur �voqua
l'option pr�conisant une diff�renciation bas�e
sur une fourchette de 0 � 5% de r�duction des
�missions. Il pr�cisa cependant que l'UE
n'�tait pas en mesure d'accepter une telle
fourchette parce qu'une d�cision minist�rielle
est indispensable pour la modification de
l'objectif qu'elle s'est fix� en mati�re de
QELROs.
Dans son point de
presse, le Japon souligna que la diff�renciation
doit reconna�tre l'�quivalence des efforts
fournis par les diff�rents pays et que de
nouveaux crit�res �taient susceptibles d'�tre
discut�s dans ce cadre. L'orateur d�clara que
la fourchette 0 5% de diff�renciation qui
avait �t� discut�e refl�tait la proposition
Japonaise. Les USA indiqu�rent que l'ex�cution
conjointe, avec les cr�dits, �tait la
combinaison gagnante la moins on�reuse.
DANS LES
COULISSES I
Les observateurs
ont not� les efforts d�ploy�s par les
Etats-Unis et d'autres pour attaquer les
positions de l'Union Europ�enne, notamment
celles concernant les QELROs et le concept de la
"bulle". Au ton agressif devaient
s'ajouter, dans les coulisses, des commentaires
affirmant que l'UE �tait incapable de soutenir
un objectif de 15%,vu qu'elle n'est pas en faveur
de grandes r�ductions d'�mission non motiv�es
par l'�volution climatique et compte tenu de son
refus de traiter de l'ensemble des gaz. Les
repr�sentants de l'UE qualifient la critique de
la bulle de "tactique" et certaines ONG
ont confi� que la v�h�mence de la critique les
a amen�s � prendre la d�fense de l'UE, parce
qu'� leurs dires, lUE n'�tait pas en train de
se d�fendre. Quelques observateurs ont sugg�r�
que la coordination d'une position de groupe par
l'UE �tait davantage menac�e par le d�marchage
effectu� actuellement aupr�s de certains
membres de l'UE par les protagonistes des
propositions en concurrence sur la question des
QELROs.
DANS LES
COULISSES II
Un jour apr�s
l'int�r�t exprim� par les USA � l'endroit de
la diff�rentiation, la course d'obstacle vers un
�ventuel accord pourrait �tre en train de
r�gresser � des discussions au sein du groupe
charg� des QELROs. Certains participants
affirment qu'une fourchette �troite de
diff�renciation pourrait se traduire par des
coupes profondes pour certains pays et aboutir
ainsi � une r�duction globale encore plus
importante, au niveau des �missions mondiales,
qu'il ne serait possible de r�aliser autrement.
D'autres seraient satisfaits si cette fourchette
pouvait permettre de parvenir � un accord dont
tous les pays pourraient s'accommoder. Certains
participants cependant n'ont pas cach� leurs
craintes quant � l'impact que pourrait exercer
un accord bas� sur des objectifs diff�renci�s.
Des plaidoyers ont appel� � ce que la
diff�renciation ne serve pas d'�chappatoire et
des craintes ont �t� exprim�es affirmant que
donner libre choix dans une fourchette allant du
"parterre au plafond" encouragera les
pays � opter pour le moindre.
DANS LES
COULISSES III
La nouvelle
annon�ant que le Vice Pr�sident des USA, Al
Gore, se rendait � Kyoto dimanche prochain donna
lieu � des sp�culations sur la signification de
la pr�sence de ce dernier quant � la position
US dans ces n�gociations. Les optimistes ont
vite fait de sugg�rer qu'il est peu probable que
Gore vienne en personne assister � la CdP
uniquement pour d�fendre l'objectif US actuel de
stabilisation. Ils pensent qu'il pourrait se
manifester avec une offre am�lior�e concernant
les objectifs de r�duction des GHG. Notant que
Gore ne passerait que huit heures � Kyoto, une
observatrice dans les rangs des ONG d�clara
qu'elle pense que le Vice-Pr�sident ne vient pas
pour n�gocier.
A SUIVRE
AUJOURD'HUI
Pl�ni�re:
La Pl�ni�re se r�unit � 10h. ce matin et
probablement de nouveau cet apr�s-midi.
Symposium sur les
Initiatives Volontaires: Un symposium sur les
Initiatives Volontaires du Monde de l'Entreprise
pour l'Att�nuation de l'Evolution Climatique se
d�roulera de 10h � 18h30 � l'h�tel Genvia
Kyoto, dans le Kyoto Station Building. Le
Symposium est parrain� par Keidanren
(F�d�ration Japonaise des Organisations
Economiques), la Chambre Internationale du
Commerce et le World Business Council for
Sustainable Development.
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