Bulletin des Négociations de la Terre

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

 Un service d'information sur les négociations en matière d'environnement et de développement

 

Format PDF
Format Texte
Version Anglaise
Version Espagnole
Version Japonaise


Publié par L'Institut International du Développement Durable (IIDD)

 

Vol. 12 No. 273
Vendredi 23 septembre 2005

LES FAITS MARQUANTS DU GROUPE DE TRAVAIL III DU GIEC

JEUDI 22 SEPTEMBRE 2005

La huitième session du Groupe de Travail III (GTIII-8) du Groupe Intergouvernemental sur l'Evolution Climatique (GIEC) a commencé jeudi 22 septembre, à Montréal, au Canada, les délégués examinant le Rapport Spécial sur le Piégeage et le stockage du Dioxyde de Carbone (Rapport Spécial). Le matin, les délégués ont entendu les déclarations liminaires, un exposé sur le projet de Résumé à l'intention des Décideurs Politiques (RDP) et ont entamé les délibérations autour du texte du projet de RDP. L'après-midi, les délégués ont poursuivi l'examen, ligne par ligne, du texte. Les délégués se sont également réunis dans un groupe de contact pour examiner les deux premiers paragraphes du RDP, qui définissent le piégeage et du Stockage du dioxyde de carbone (PSC) et ont débattu de la manière dont il pourrait contribuer à l'atténuation des changements climatiques.

OUVERTURE DE LA SESSION

Le Président du GIEC, Rajendra Pachauri (Inde) a souhaité la bienvenue aux délégués et a fait état des grandes attentes entourant le Rapport Spécial parce que c'est la première fois qu'une évalua­tion exhaustive des PSC est menée. Il a indiqué que le processus englobait la participation de l'industrie et de la société civile, et a mis en relief la nécessité de s'assurer des efforts de communication à la lueur des lacunes au sujet des PSC dans les données et connais­sances.

EXPOSE DU PROJET DE RESUME A L'INTENTION DES DECIDEURS POLITIQUES

Le Coprésident du GTIII, Bert Metz (Pays-Bas) a introduit le projet de RDP. Il a expliqué que les éléments saillants du RDP seraient présentés, car il ne serait pas pratique d'introduire chacun des chapitres du Rapport Spécial comme envisagé au départ, dans l'ordre du jour. Le Coprésident du GTIII, Ogunlade Davidson (Sierra Leone) a expliqué que le RDP est organisé sur la base de nombre de questions importantes concernant les PSC. Il a indiqué que la référence à la diffusion et le transfert des technologies ne figure pas dans le RDP en raison de l'absence de littérature, et que les données concernant les lacunes dans les connaissances relatives aux PSC ne sont pas incluses en raison des limites de l'espace disponible. Il a rappelé aux délégués que le RDP vise à couvrir les principales questions pertinentes aux décideurs mais qu'il ne contient pas de recommandations politiques.

Faisant état de la difficulté rencontrée dans la catégorisation de la maturité des différentes composantes des systèmes de PSC, le Coprésident Davidson a déclaré que les technologies de PSC ont été groupées dans l'une des quatre “phases” de maturité: celles en phase de recherche; celles en phase de démonstration; celles qui sont économiquement faisables sous certaines conditions; et celles disposant d'un marché mature.

Poursuivant la présentation, le Coprésident Metz a souligné que, s'agissant des coûts de l'électricité, les hypothèses fixant le prix du pétrole entre 15 et 20 dollars le baril ne pourraient pas changer, compte tenu de l'absence de littérature. Au sujet du stockage potentiel, il a souligné: que le jugement d'experts établi a dégagé le chiffre de 2000Gt de dioxyde de carbone pour le stockage géologique; que des utilisations industrielles du dioxyde de carbone sont techniquement possibles mais que leur potentiel est relativement faible; et que des estimations techniques de l'absorption de carbone par les océans et les minéraux ne peuvent pas encore être établies. S'agissant du potentiel économique des PSC, il a précisé que compte tenu du fait que l'expérience avec les PSC est limitée, des études scénario sont utilisées.

Considérant les risques locaux associés aux PSC, le Coprési­dent Metz a souligné: que les risques découlant d'un pipeline de dioxyde carbone serait comparables à ceux des pipelines d'hydro­carbone, tandis que les risques découlant du stockage de dioxyde de carbone pourraient être comparables à ceux liés au stockage de substances telles que les gaz acides; que le stockage océanique pourrait avoir des risques importants, mais que les données concer­nant les effets sur les écosystèmes sont insuffisantes; et que les risques découlant de la carbonatation minérale seraient ceux ayant trait aux effets environnementaux des opérations minières. Au sujet des implications des fuites des stockages, il a déclaré que les chiffres figurant dans le projet du RDP sont uniquement à titre indicatif. Au sujet de l'estimation et de la comptabilisation des émissions, il a indiqué que l'édition 2006 des Lignes Directrices du GIEC régissant les Inventaires Nationaux des Gaz à Effet de Serre englobera des directives concernant l'intégration des PSC dans les inventaires.

CONSIDERATION DU PROJET DE RESUME A L'INTENTION DES DECIDEURS POLITIQUES

Soulignant que près de 800 observations ont été reçues au sujet du projet de RDP, le Coprésident Metz a mis en exergue quelques-unes d'ordre général, portant notamment sur la restructuration de l'ordre du RDP et sur la distinction entre le stockage océanique et le stockage géologique. Il a précisé qu'un glossaire serait inclus dans la version écrite et a indiqué que l'insertion de davantage de données techniques et d'options politiques devrait être évitée, compte tenu de la visée et de la nature du RDP.

Au sujet de la proposition avancée par le Canada, d'inclure un avant-propos précisant la portée du RDP, le Coprésident Metz a indiqué que les Coprésidents élaboreraient l'avant-propos qui ne sera pas présenté comme partie intégrante du projet de RDP, pour approbation. La SUISSE, avec la CHINE et le DANEMARK, a demandé que les Coprésidents donnent aux délégués l'occasion de présenter leurs observations concernant l'avant-propos.

L'AUSTRALIE a proposé la tenue d'un débat officieux sur ce sujet. Le Coprésident Metz a déclaré qu'un débat officieux serait bien­venu si le temps le permet et, avec le KENYA, a souligné l'impor­tance de se concentrer sur l'approbation du RDP. La FRANCE a souligné le besoin d'éclaircir le coût des hypothèses et la durée de stockage. Les délégués ont ensuite entamé une lecture ligne par ligne du projet de RDP, dans l'ordre des principales questions autour desquelles le RDP est structuré.

Qu'est-ce que le piégeage et le stockage du dioxyde de carbone et de quelle manière contribue-t-il à l'atténuation des changements climatiques ? Le Coprésident Metz a introduit le texte révisé intégrant quelques unes des observations présentées par les gouvernements et les organisations. Le débat s'est focalisé, entre autres, sur: la référence particulière aux émissions des combustibles fossiles, la nature à long terme des PSC et la stabilisa­tion des gaz à effet de serre; la distinction entre le stockage océa­nique et le stockage géologique; et le point de savoir si les PSC “sont” ou “pourraient être” une option d'atténuation. Plusieurs délégués ont fait part de leurs réserves concernant le fait que certains passages pourraient être normatifs.

Au sujet de la référence aux sources d'émission, la SUISSE, appuyée par le PAKISTAN, le CHILI, la NORVEGE et d'autres, a signalé que le terme “sources anthropiques” est trop vague car il englobe l'utilisation des terres, les modifications survenues dans l'utilisation des terres, et la foresterie. Les délégués se sont accordés sur une proposition avancée par l'AUSTRALIE et la NORVEGE de remplacer “sources anthropiques” par “sources liées à l'industrie et à l'énergie.”

Le débat s'est également focalisé sur la question de savoir si les PSC “sont” ou “pourraient être” une option d'atténuation, la FRANCE, la SUISSE, l'ALLEMAGNE, la ZAMBIE, l'Autriche et d'autres, indiquant qu'il “pourrait être”, tandis que l'ARABIE SAOUDITE, l'AUSTRALIE et les ETATS-UNIS ont apporté leur appui à “est” avec un libellé restrictif. La FRANCE a déclaré qu'elle ne pouvait accepter “les PSC sont une option d'atténuation” tant que les PSC englobent le stockage océanique. Aucun accord n'a été atteint et un groupe de contact a été convoqué.

La CHINE a remis en question le paragraphe tiré du TRE. Le Coprésident Metz a expliqué que le paragraphe a été intégré dans une tentative de répondre à la question de savoir si les PSC sont nécessaires, et que la formulation convenue dans le TRE a été util­isée pour éviter le risque d'avoir un long débat. La CHINE a d�clar� que le paragraphe n'apportait aucune information suppl�mentaire et qu'il devrait �tre, soit r�vis�, soit supprim�. Cette question a �t� �galement transmise au groupe de contact.

Les d�l�gu�s ont examin� d'autres r�visions des libell�s figurant dans ce chapitre. La SUISSE, appuy�e par la COREE, la BELGIQUE et d'autres, a soulign� que faire r�f�rence uniquement � la stabilisation et non � la r�duction des concentrations de gaz � effet de serre, est normatif. La SLOVENIE, appuy�e par l'ALLE�MAGNE, a propos� l'insertion d'une r�f�rence � l'Article 2 de l'UNFCCC (objectif ultime). Le d�l�gu� des ETATS-UNIS a propos� l'utilisation d'une terminologie d'ordre plus g�n�ral, comme �objectifs de la lutte contre les changements climatiques,� plut�t que de sp�cifier �stabilisation et r�duction des �missions des gaz � effet de serre.� La SUEDE a propos� l'insertion d'une r�f�rence � �la gestion� au lieu de �l'am�lioration� des puits biologiques. L'ARABIE SAOUDITE, contr�e par la SLOVENIE et la RUSSIE, a d�clar� ne pas �tre en faveur de la r�f�rence � l'�nergie nucl�aire en tant qu'option d'att�nuation, figurant dans le texte. Le d�l�gu� des ETATS-UNIS a d�clar� que le potentiel des PSC de r�duire �de mani�re importante� les co�ts de l'att�nuation, devrait �tre inclus dans le texte. Le BANGLADESH a propos� l'insertion d'une r�f�rence plus forte � l'efficacit� �nerg�tique. Aucun accord n'a �t� atteint sur l'int�gration de ces propositions.

 Quelles sont les caract�ristiques du pi�geage et stockage du dioxyde carbone ? L'apr�s-midi, le Copr�sident Davidson a pr�sent� pour ce chapitre, un texte r�vis�, bas� sur les observations pr�c�dentes soumises par les gouvernements et les organisations. Plusieurs d�l�gu�s ont sugg�r� de modifier l'intitul� du chapitre. La SLOVENIE, contr�e par le Royaume-Uni, a propos� de pr�ciser �sources anthropiques de dioxyde de carbone.� Le ROYAUME-UNI a sugg�r� de mentionner �les sources convenables de dioxyde de carbone.� Au terme d'un certain d�bat, les d�l�gu�s ont d�cid� de reprendre l'intitul� d'origine du chapitre.

La discussion devait passer ensuite aux parties substantives de ce chapitre, qui d�termine les grandes sources de dioxyde de carbone et d�crit les m�thodes potentielles de stockage. Les d�l�gu�s ont accept� que la proposition des Copr�sidents englobe un tableau profilant les grandes sources fixes mondiales de dioxyde de carbone, dont les �missions d�passent 0.1 MtCO2 par an. L'AUSTRALIE a soulign� la n�cessit� que le texte montre que la gamme des options techniques peut �tre plus large que celle qui pouvait �tre utilis�e de mani�re licite. La FRANCE et le DANE�MARK ont soulign� l'importance de ne pas exclure la possibilit� que les formations aquif�res et g�othermiques puissent �tre util�is�es pour le stockage du dioxyde de carbone, m�me si elles ont d'autres utilisations. Le Principal auteur du R�sume Technique du Rapport Sp�cial, Sally Benson, a soulign� qu'�tant donn� que l'intention n'est pas de stocker le dioxyde de carbone dans les sources agricoles ou d'eau potables, le terme �salines� est utilis� pour d�finir les formations qui n'ont pas d'usage convenant. Elle a �galement soulign� que les zones g�othermiques ne sont pas retenues comme �tant le premier choix du stockage du dioxyde de carbone dans des poches souterraines profondes. Les d�l�gu�s ont d�cid� ensuite d'ins�rer une note de bas de page qui d�finit les formations salines et qui stipule que parce que l'utilisation de l'�nergie g�othermique est susceptible d'augmenter, le potentiel des zones g�othermiques pourrait ne pas convenir aux PSC.

Le d�l�gu� des ETATS-UNIS, contr� par l'ALLEMAGNE et l'AUTRICHE, a appel� � la suppression de la r�f�rence aux fuites �manant du transport de dioxyde de carbone, comme facteur de r�duction du volume net des �missions, � travers les PSC, compte tenu de l'impact mineur des fuites. Le ROYAUME-UNI a propos� et les d�l�gu�s ont accept� d'inclure une r�f�rence � �toute fuite� �manant du transport. Le DANEMARK et l'AUTRICHE ont demand� davantage de d�tails sur les diff�rences entre la consom�mation d'�nergie associ�es au PSC des centrales �lectriques fonc�tionnant au charbon et au gaz. L'AUTRICHE, appuy�e par la BELGIQUE, a sugg�r� de souligner que les pourcentages figurant dans ce chapitre, ont �t� calcul�s dans l'hypoth�se qu'il n'y a pas de fuite, tandis que le ROYAUME-UNI, avec l'AUTRICHE, a propos� de mentionner �stockage s�r� au lieu de �fuite.� Le DANEMARK, contr� par l'AUSTRALIE, et appuy�e par le CHILI et l'AUTRICHE, a appel� � l'insertion d'une r�f�rence � la biom�asse dans ce chapitre. La BELGIQUE a demand� l'insertion d'une r�f�rence � l'�chelle temporelle du stockage dont il est fait �tat ailleurs dans le RDP. Les d�l�gu�s se sont accord�s sur une note de bas de page consacr�e au stockage des carbonates min�raux, telle qu'amend�e par la FRANCE et le Royaume-Uni, pour en exclure le stockage g�ologique profond des carbonates.

DANS LES COULOIRS

Les couloirs de l'immeuble de l'ICAO �taient silencieux tout le long de la journ�e de la premi�re journ�e de la GTIII-8, la plupart des d�l�gu�s se trouvant dans la salle pl�ni�re, prenant part � une lecture ligne par ligne exhaustive et probablement ext�nuante du projet de texte du RDP. Plusieurs participants en �taient � s'inter�roger sur le rythme de la progression des travaux, signalant que seuls quatre des 32 paragraphes ont �t� trait�s. Un observateur a pr�cis� que la discussion a abord� une gamme de sujets allant du fond du RDP, jusqu'� l'emplacement des virgules, et que tous les aspects abord�s sont importants, compte tenu de la n�cessit� de fournir aux d�cideurs politiques un r�sum� complet et intelligible du RDP. Un autre d�l�gu� a parl� du niveau d'implication d'un large �ventail de d�l�gu�s dans les d�lib�rations, indiquant que cela devrait aider � s'assurer que le texte produit rende compte du consensus des membres du GIEC, sur le maintien de l'esprit de l'organisation.
 

Ce num�ro du Bulletin des N�gociations de la Terre � <enb@iisd.org>, a �t� r�dig� Ingrid Barnsley, Alexis Conrad, Mar�a Guti�rrez et Miquel Mu�oz. Edition num�rique: Francis Dejon. Version fran�aise: Mongi Gadhoum. Editrice en chef: Pamela S. Chasek, Ph.D. <pam@iisd.org>. Directeur du Service Information de l'IIDD: Langston James "Kimo" Goree VI <kimo@iisd.org>. Les principaux bailleurs de fonds du Bulletin sont: Le gouvernement des Etats-Unis (� travers le Bureau des oc�ans et des affaires environnementales et scientifiques internationales, du d�partement d'Etat am�ricain); le gouvernement du Canada (� travers l'ACDI); l�Office F�d�ral de l�Environnement, des For�ts et du Paysage (OFEFP); le Royaume-Uni (� travers le DFID); le minist�re danois des affaires �trang�res; le gouvernement allemand (� travers les minist�res de l'environnement (BMU) et de la coop�ration pour le d�veloppement (BMZ)); le minist�re n�erlandais des affaires �trang�res, la Commission Europ�enne (DG-ENV), et le minist�re italien de l'environnement. Un soutien g�n�ral a �t� accord� au Bulletin, au titre de l'exercice 2005, par: le PNUE; le gouvernement australien; le minist�re f�d�ral autrichien de l'agriculture, des for�ts, de l'environnement et de la gestion des eaux; les minist�res su�dois du d�veloppement durable et des affaires �trang�res; les minist�res norv�giens de l�environnement et des affaires �trang�res; les minist�res finlandais de l�environnement et des affaires �trang�res; SWAN International; le minist�re nippon de l'environnement (� travers l'IGES), et le minist�re nippon de l'�conomie, du commerce et de l'industrie (� travers GISPRI). La version fran�aise est financ�e par le minist�re fran�ais des affaires �trang�res et l'IEPF/OIF. Le Financement de la version espagnole est fourni par le minist�re espagnol de l�environnement. Les opinions exprim�es dans le Bulletin appartiennent � leurs auteurs et ne refl�tent pas n�cessairement les vues de l'IIDD et des bailleurs de fonds. Des extraits du Bulletin peuvent �tre utilis�s uniquement dans des publications non commerciales moyennant une citation appropri�e. Pour tout renseignement, y compris les demandes de couverture d'�v�nements par nos services, contacter le Directeur du Service d'Information de l'IIDD <kimo@iisd.org>, au +1-646-536-7556 ou 212 East 47th St. #21F, New York, NY 10017, USA. L'�quipe du BNT couvrant GIEC-24 est joignable � la Salle 4A, 4e �tage de l'immeuble de l'ICAO ou par courriel � <Ingrid@iisd.org>.