Les délégués se sont réunis en Plénière pour entendre des
présentations sur le thème l'utilisation durable, par Karimou
Ambouta, et sur le thème de l'approche écosystémique, par Daniel
Janzen, puis ont entamer leurs discussions au sein des groupes de
travail. Le Groupe de Travail 1 (GT-1) s'est penché sur les terres
sèches et la biodiversité agricole. De son côté, le Groupe de
Travail 2 (GT-2) devait aborder l'approche écosystémique et les
indicateurs de la biodiversité.
LA PLENIERE
Les délégués entendirent des présentations sur l'utilisation
durable et sur l'approche basée sur les écosystèmes. Karimou
Ambouta (Faculté d'Agronomie du Niger) présenta l'exposé sur
l'utilisation durable et les composantes de la biodiversité.
L'orateur y identifia trois conditions nécessaires à l'application
du concept de l'utilisation durable: la connaissance des
potentialités disponibles; l'estimation économique des ressources
biologique; et le renforcement des capacités. Il souligna que les
études de cas sont essentielles, en raison des variations
culturelles d'un endroit à l'autre. Il décrivit l'utilisation
traditionnelle de l'Acacia albida (Faidhebia albida) dans les agro-écosystèmes
sahéliens au Nigeria et au Sénégal. Grâce au cycle annuel de
leur feuillage, ces arbres résistants à la sécheresse améliorent
la fertilité des sols, freinent l'érosion, régulent le micro-environnement
et fournissent un pâturage riche en protéine pour le bétail. Les
récoltes agricoles s'accroissent considérablement en présence de
l'Acacia albida. 30 à 35 arbres âgés d'une quinzaine d'année,
par hectare, sont nécessaires pour l'optimisation des résultats.
Les technologies agricoles, comme la fertilisation artificielle,
menacent aujourd'hui l'utilisation de l'Acacia albida.
Daniel Janzen (Université de Pennsylvanie, Etats-Unis) parla de
l'approche écosystémique, en s'appuyant sur l'exemple de la
Conservation dans la Région de Guanacaste au Costa Rica. Il
introduisit le concept de "jardinage de la nature," dans
lequel l'homme cultive et utilise les écosystèmes naturels pour en
tirer produits et services. Il souligna la nécessité de combiner
l'approche traditionnelle de la conservation des parcs ("sauvegarde"),
l'approche scientifique ("connaissance") et l'approche
commerciale ("utilisation"). Il plaida pour des
stratégies de gestion adaptées aux conditions locales et
intégrant la décentralisation, l'éducation locale et la promotion
des concernés directs. Il souligna que les écosystèmes et les
services de la biodiversité doivent être considérés comme des
produits dotés d'une valeur commerciale. Il appela les pays à
mettre en œuvre, au moins, un projet de gestion locale adaptée et
basée sur l'approche écosystémique.
LE GROUPE DE TRAVAIL 1
LA BIODIVERSITE DANS LES TERRES SECHES: Le Secrétariat
introduisit la note d'information générale concernant
l'élaboration du programme de travail pour les écosystèmes des
terres sèches, Méditerranéens, des zones arides et semi-arides,
des parcours et de savane (UNEP/CBD/SBSTTA/5/9), et incluant, entre
autres les chapitres suivants: le champ d'application, l'importance,
l'état des lieux et les tendances; les activités en cours menées
par les organisations et les conventions internationales et les
synergies éventuelles; et un projet de programme de travail. Le
BRESIL et l'AUSTRALIE suggérèrent l'insertion de références
explicites au renforcement des capacités et la bio-prospection, la
diffusion de l'information et des bonnes pratiques, et l'approche
écosystémique. Un certain nombre de pays mirent l'accent sur
l'importance du renforcement des capacités, de l'évaluation, du
suivi et de l'élaboration des programmes focalisés sur les
capacités locales, des nouvelles technologies pour l'amélioration
de la productivité, de l'éducation et de la sensibilisation. Le
ROYAUME-UNI, le CANADA, l'ALLEMAGNE, l'ETHIOPIE et la NORVEGE mirent
en exergue l'implication des communautés indigènes et locales dans
la gestion des terres sèches. L'ETHIOPIE, la FEDERATION DE RUSSIE,
la NORVEGE et la FRANCE suggérèrent de placer davantage l'accent
sur les synergies avec d'autres conventions internationales.
Plusieurs pays proposèrent une collaboration accrue avec la CCD. Le
représentant de cette dernière accueillit favorablement cette
coopération et mit en relief l'expérience pertinente de la CCD et
les activités menées dans son cadre, aux niveaux, local, national
et sous-régional.
Le CANADA souligna l'importance de l'intégration des approches
de gestion des ressources et de la mise en place d'un réseau
international pour faciliter l'échange d'information. L'ARGENTINE
souligna l'importance de l'échange d'information aux niveaux
national et international et proposa que le MEI se réfère aux
programmes d'autres organisations internationales. L'AUSTRALIE
déclara que les activités doivent être focalisées sur les
résultats. Le délégué des PAYS-BAS souhaita voir le SBSTTA
éviter d'aborder des questions non techniques et par conséquent,
de se référer au financement du FEM. Le MALI, la TURQUIE et
l'ALGERIE désapprouvèrent. Les PAYS-BAS, la FEDERATION DE RUSSIE,
la COLOMBIE et le KENYA proposèrent l'établissement d'un groupe
d'experts sur la gestion des terres sèches, mais avec des avis
différents sur le point de savoir si ce dernier devait consister en
un fichier agréé ou en un groupe de discussion. La GRECE déclara
que des évaluations pouvaient être menées dans des fora séparés
pour chacun des écosystèmes concernés par le programme. Les
PAYS-BAS, le PORTUGAL et l'ORGANISATION METEOROLOGIQUE MONDIALE (OMM)
notèrent la nécessité d'une référence à la conservation in
situ. Le ZIMBABWE et le MALI appelèrent à l'élaboration d'une
analyse des causes sous-jacentes des pertes de la biodiversité.
L'ALLEMAGNE mit en relief la question des subventions et celle du
rapport entre le rôle des femmes et la biodiversité. Le BURKINA
FASO suggéra d'inclure la pollution parmi les causes de la perte de
biodiversité. La CE et la SUISSE demandèrent l'éclaircissement
des définitions. La BELGIQUE attira l'attention sur la
biodiversité endémique. L'OMM attira l'attention sur l'impact de
la variabilité climatique sur les terres sèches.
Concernant les alternatives avancées pour l'abréviation de
l'intitulé, la plupart des délégations exprimèrent leur
préférence pour "biodiversité des terres sèches et sub-humides."
Le Président Mary Fosi (Cameroun) établit un comité informel pour
la rédaction des recommandations.
LA BIODIVERSITE AGRICOLE: Le Secrétariat présenta la note
d'information générale (UNEP/CBD/SBSTTA/5/10), laquelle refermait:
les projets de recommandations; les principales conclusions de
l'évaluation pluriannuelle requise à la CdP-3; et une nouvelle
élaboration du programme de travail relatif à la biodiversité
agricole. Le Secrétariat souligna que les recommandations figurant
dans le document ne visaient pas à remplacer la Décision III/11
sur la biodiversité agricole, mais à faciliter son application. Le
BRESIL décrivit les conclusions de l'atelier tenu à São Paulo,
qui avait abouti à une déclaration à soumettre à la CdP-5, pour
endossement éventuel. Le BANGLADESH évoqua le financement des
projets régionaux par le FEM et souligna le besoin de soutenir le
rôle des femmes dans l'agriculture. La CE déclara que le fait que
la biodiversité agricole englobe des composantes de biodiversité
dont la pertinence dépasse les domaines de l'alimentation et de
l'agriculture, doit être reflété dans le document. Sur ce point,
les PAYS-BAS et la FRANCE notèrent la nécessité d'inclure les
services sociaux et biologiques offerts par l'agro-biodiversité. Le
VENEZUELA attira l'attention sur la manière dont
l'agro-biodiversité offrait des services de recyclage des rejets de
gaz carbonique. La FEDERATION DE RUSSIE nota l'importance des
souches du sol pour l'agro-biodiversité. L'ALLEMAGNE, la CE, les
PAYS-BAS, la SUEDE, la FINLANDE et la FRANCE déclarèrent que
l'agro-biodiversité devait être traitée de manière
interdisciplinaire. La SUEDE appela à un placer un accent plus
prononcé sur les causes sous-jacentes de la dégradation de
l'agro-biodiversité et, avec la FRANCE, requit l'insertion d'une
référence à l'approche pluri-fonctionnelle, mais cela fut rejeté
par l'ARGENTINE, l'AUSTRALIE, le CANADA, la NOUVELLE ZELANDE et les
ETATS-UNIS. L'INDONESIE, l'AUSTRALIE, le CANADA, les ETATS-UNIS et
le ROYAUME-UNI déclarèrent que les recommandations étaient trop
ambitieuses et qu'elles gagneraient à être classées par ordre de
priorité. La COLOMBIE souligna que l'impact de l'agriculture
industrialisée sur l'agro-biodiversité ne devait pas être oublié.
La PAPOUASIE NOUVELLE GUINEE déclara que les questions de partages
des avantages et des droits de propriété intellectuelle sur les
ressources naturelles commercialisées n'étaient pas encore
suffisamment couvertes. Le MALI attira l'attention sur l'absence des
programmes de sensibilisation du public et souligna le besoin
d'intégrer la technologie avec les connaissances traditionnelles et
locales. Le BURKINA FASO mit en relief l'importance du savoir
autochtone.
LE GROUPE DE TRAVAIL 2
L'APPROCHE ECOSYSTEMIQUE: Le Secrétariat introduisit le
document sur l'approche écosystèmique (UNEP/CBD/SBSTTA/5/ 11).
Plusieurs pays apportèrent leur appui aux douze principes de Malawi
et aux cinq directives opérationnelles figurant dans le document.
D'autres proposèrent, tout en y adhérant, des changements au
niveau de la formulation. Le ROYAUME-UNI souligna que les principes
étaient tous d'importance égale et qu'il n'y avait pas lieu de
leur donner un ordre de priorité ou de réduire leur nombre. La
FINLANDE et les ETATS-UNIS déclarèrent que l'approche
écosystémique devait être utilisée dans les questions
thématiques et les thèmes transversaux. La POLOGNE, le CANADA et
la FEDERATION DE RUSSIE déclara qu'une entente commune sur le sens
de l'approche écosystémique état encore nécessaire et appuya les
directives opérationnelles comme autant de composantes clés. La
FEDERATION DE RUSSIE proposa la prévision d'un mécanisme mondial
pour s'assurer de l'application de l'approche écosystémique dans
les éco-régions dotées de niveaux de biodiversité élevés. La
NOUVELLE ZELANDE, le CANADA, les ETATS-UNIS et le COSTA RICA firent
part de diverses réserves concernant la formulation retenue pour la
décentralisation. La ZAMBIE, le GHANA et le SECRETARIAT du
COMMONWEALTH soulignèrent l'impératif du renforcement des
capacités. La BOLIVIE et l'EQUATEUR soulignèrent l'importance du
partage équitable des avantages au niveau local. Le TOGO nota que
dans les cadres législatifs nationaux de certains pays, en
particulier dans les législations applicables aux régimes fonciers,
l'équité pose problème.
Les SEYCHELLES fit part de ses réserves concernant le risque de
voir l'approche écosystémique venir miner le financement de la
conservation des espèces particulières. La NOUVELLE ZELANDE,
la REPUBLIQUE TCHEQUE et l'ALLEMAGNE appuyèrent la préoccupation
exprimée en faveur des espèces particulières et de leur valeur
culturelle. L'EQUATEUR mit en garde contre la tentation de ne
percevoir dans l'approche écosystémique que sa focalisation sur le
fonctionnement des écosystèmes. Plusieurs pays appuyèrent la
conduite d'�tudes de cas et la mise en place de projets pilotes. Le
ROYAUME-UNI et le SECRETARIAT DU COMMONWEALTH offrirent de financer
des ateliers pour la discussion de telles �tudes. La n�cessit�
d'organiser des ateliers r�gionaux et nationaux fut soulign�e par
la POLOGNE, l'EQUATEUR, la CHINE, le PEROU et l'ERYTHREE. La
ROUMANIE, l'ALLEMAGNE et l'INSTITUT DES RESSOURCES MONDIALE
appel�rent au raffinement du glossaire de l'Annexe III. La
REPUBLIQUE TCHEQUE appela � la sensibilisation du public. L'UNESCO
souligna que le programme R�serves de la Biosph�re appliquait
d�j� l'approche �cosyst�mique. Dans son r�sum�, le Pr�sident
David Brackett (Canada) nota l'existence d'un consensus sur les
principes en tant qu'ensemble d'�l�ments sans ordre prioritaire et
sur les directives op�rationnelles en tant qu'accord �volutif
n�cessitant des �tudes de cas. L'orateur souligna par ailleurs que
les annexes du document, y compris le glossaire, ne feront pas
partie de la recommandation. Un comit� des Amis du Pr�sident s'est
r�uni dans la soir�e pour �laborer un texte consolid�.
LES INDICATORS DE LA BIODIVERSITE: Le Secr�tariat introduisit le
document d'information g�n�rale (UNEP/CBD/ SBSTTA/5/12), qui
propose un ensemble central d'indicateurs concernant l'�tat
g�n�rique et la pression exerc�e, permettant d'aider les pays �
concevoir, initier et/ou am�liorer les programmes de suivi
nationaux. Le d�l�gu� des SEYCHELLES d�clara que le travail du
Secr�tariat pouvait servir de bon point de d�part, et souleva un
certain nombre de pr�occupations au sujet des recommandations et du
format des rapports nationaux. La NOUVELLE ZELANDE se d�clara peu
satisfaite du document, notant que qu'il ne r�pondait pas tout �
fait au plan de travail endoss� par la CdP. Des r�serves
similaires furent exprim�es par le ZIMBABWE, la SUISSE, la SUEDE,
l'AUSTRALIE, les ETATS-UNIS et la NORVEGE. Le CANADA, CUBA, HAITI et
le COSTA RICA se d�clar�rent pr�t � poursuivre le travail sur la
base du document et � affiner l'approche, notamment, pour ce qui
concerne le niveau appropri� de l'�laboration des indicateurs et
des priorit�s.
Le ROYAUME-UNI, l'ALLEMAGNE, les PAYS-BAS et la FINLANDE
soulign�rent les progr�s rapides r�alis�s dans l'�laboration
des indicateurs en tant qu'outils d'�valuation et de d�veloppement
et dans l'affinement du cadre g�n�rique. Plusieurs d�l�gations
mirent en exergue la n�cessit� du soutien financier et du
renforcement des capacit�s en mati�re d'�laboration des
indicateurs et de suivi. L'EQUATEUR sugg�ra une meilleure
int�gration des aspects socio-�conomiques. La REPUBLIQUE DE COREE
mit l'accent sur la sensibilisation du public en tant de composante
importante de l'�laboration des indicateurs. Le CANADA et le COSTA
RICA soulign�rent que l'�laboration des indicateurs doit se
focaliser sur le niveau national.
Le Pr�sident Brackett annon�a qu'il produira un texte du
Pr�sident incluant: un rappel du mandat de la CdP consistant en la
production de manuels de lignes directrices; des exemples de niveau
national pour les ensembles d'indicateurs; l'appel � une
implication plus active du Secr�tariat dans les activit�s
pertinentes traitant des indicateurs de la biodiversit�; et le
soutien de la tenue d'ateliers � divers niveaux sur l'application
des indicateurs.
DANS LES COULOIRS
Apr�s quatre CdP, cinq SBSTTA et sept ans de mise en �uvre
branlante de la CDB, quelques Parties, au moins, semblent se r�veiller
sur le chemin de la CdP-5 et de Beijing+5, d�couvrant que la
r�ussite de la gestion de la biodiversit� ne d�pendait pas que de
l'�l�ment humain. Les d�clarations de l'Allemagne et du
Bangladesh lors des d�bats sur les terres s�ches et l'agriculture
et le papier soumis � l'ext�rieur, pourraient bien pousser la CBD
au-del� des limites de la question du r�le des femmes dans la
biodiversit�, vers le 21�me si�cle.