Seconde journée de la huitième session de la Commission du
Développement Durable, les délégations et les représentants
des principaux groupes sociaux ont pris part aux troisième et
quatrième Dialogues des Détenteurs des Enjeux sur l'Agriculture
Durable, axés sur les thèmes de la connaissance, de la
mondialisation et du commerce.
DIALOGUE DES DETENTEURS DES ENJEUX: LE SAVOIR AU SERVICE D'UN
SYSTEME ALIMENTAIRE DURABLE
Le Président Mayr introduisit le troisième Dialogue des
Détenteurs des Enjeux sur l'Agriculture Durable, axé sur le
thème de la connaissances au service d'un système alimentaire
durable, identifiant les besoins en matière d'éducation, de
formation, d'échange de données et d'informations.
LES DECLARATIONS D'OUVERTURE: Donnant un aperçu sur ses
activités en matière de recherche et de formation, entreprises
en partenariat avec les détenteurs des enjeux, le RESEAU AGRO-ALIMENTAIRE
INTERNATIONAL, au nom de l'Industrie, mit en relief le rôle du
secteur public dans le domaine de la recherche et développement,
dans les activités de vulgarisation, d'éducation et
d'information et au niveau des services de conseil et
d'orientation indépendants. Au nom des agriculteurs, la ZAMBIA
NATIONAL FARMERS UNION argua que les nouvelles technologies ne
doivent pas être imposées aux agriculteurs et recommanda, entre
autres: la reconnaissance du rôle des organisations agricoles
dans la diffusion des connaissances; la mise à disposition
davantage de cahiers de recherche dans les langues autochtones; un
rôle gouvernemental dans l'entreprise d'une recherche axée sur
les besoins des agriculteurs; et la nécessité pour les
gouvernements d'accroître leur soutien en faveur de la
vulgarisation agricole et le développement. Appelant la CDD à
s'assurer d'une meilleure utilisation du savoir des travailleurs,
le représentant de l'INTERNATIONAL UNION OF FOOD, AGRICULTURAL,
HOTEL RESTAURANT, CATERING, TOBACCO AND ALLIED WORKERS’
ASSOCIATIONS recommanda que les syndicats élaborent et mettent en
œuvre des programmes de sensibilisation et de formation en matière
d'agriculture durable, de promouvoir l'acceptation des normes de
l'OIT en matière d'emploi, et de développer la formation des
travailleurs et des dirigeants en matière de prévention des
accidents et des maladies dans le secteur agricole. Le CENTRE
ECOLOGIQUE DU BRESIL, parlant au nom des ONG, recommanda que les
gouvernements mettent en place des politiques de conscientisation
ciblant les consommateurs et autres concernés, de reconnaître la
valeur scientifique des connaissances détenues par les petits
agriculteurs et de parrainer des conférences consacrées à
l'identification de l'impact des systèmes alimentaires actuels
sur l'agriculture durable.
LES REPONSES GOUVERNEMENTALES: Le NIGERIA, au nom du
G-77/CHINE, reconnut l'importance: du renforcement du soutien des
détenteurs des enjeux et de l'accroissement du financement
gouvernemental en faveur de la formation, de la recherche et de la
création des capacités agricoles; de la mise au point, de
l'adaptation et de la diffusion des technologies; et, de
l'adoption d'une approche participative, appuyée par les
gouvernements et par le secteur privé, dans les programmes de
recherche et de vulgarisation. L'ALLEMAGNE identifia quatre
thèmes piliers de l'agriculture durable: l'éducation et
l'information du consommateur; l'intégration des agriculteurs
dans les activités de recherche et des connaissances
traditionnelles dans les services de vulgarisation; le traitement
des risques de voir l'accès aux résultats de la recherche être
nié aux petits agriculteurs en raison du régime en vigueur des
droits de propriété intellectuelle (DPI); et le droit des
travailleurs à un salaire et à de bonnes conditions de travail.
La représentante appuya le recours à des programmes
d'étiquetage volontaires tenant compte de ces droits, et nota
l'importance de la sécurité alimentaire.
LE DIALOGUE OUVERT: Les représentants de la communauté des
agriculteurs identifièrent la bio-piraterie en tant que problème
majeur, et encouragèrent l'implication du secteur public dans la
recherche et celle des agriculteurs dans les processus
décisionnels. Les ONG soulignèrent: l'aspect éthique des
brevets; la perte des connaissances locales; et le rôle de la
femme en tant que dépositaire du savoir traditionnel. L'Industrie
nota l'importance des DPI pour les petites entreprises, et parla
de la nuance entre brevet et propriété, le premier impliquant le
droit d'utiliser les connaissances. Les représentants des
Syndicats mirent l'accent sur l'origine des connaissances et les
innovations apportées par les travailleurs ainsi que sur
l'importance de l'équité dans le commerce international.
LES RECOMMENDATIONS DES DETENTEURS DES ENJEUX: Les
représentants des INDIGENOUS PEOPLE recommandèrent: la
reconnaissance du savoir scientifique et technique des peuples
indigènes dans sa contribution à l'agriculture durable; la mise
à disposition de ressources financières pour le développement
des connaissances à travers les institutions des peuples
indigènes; la poursuite du dialogue des détenteurs des enjeux
dans les sessions de la CDD; la participation des peuples
indigènes dans les processus décisionnels au niveau national, y
compris la mise en place d'un mécanisme d'échange d'information
en matière de développement durable, géré par les peuples
indigènes; la promotion, par la CDD, de la reconnaissance
juridique des terres et territoires des peuples indigènes; et
l'adoption, par la CDD, du principe du consentement préalable en
connaissance de cause, et du droit des peuples indigènes de
refuser l'accès au savoir qu'ils détiennent. Les représentants
des SYNDICATS recommandèrent: que les compagnies multinationales
et les gouvernements financent les programmes d'éducation et de
communication; que les travailleurs jouissent du droit de refuser
les travaux dangereux, d'accéder à l'information et à la
formation dans le domaine de l'utilisation des pesticides, et de
participer à la négociation des conventions collectives; et
soulignèrent le rôle de la communauté artistique dans le
soutien des programmes d'éducation pour le développement
durable. Les groupes d'AGRICULTEURS appelèrent: à la
reconnaissance du fait que le savoir traditionnel et local
constitue une base fondamentale de la recherche scientifique; à
l'instauration des partenariats; à la diffusion des connaissances;
à des processus directs entre agriculteurs particuliers pour
encourager l'innovation; à un système de données mondial et
libre d'accès; et au soutien des négociations sur le libre
accès aux ressources génétiques. Les représentants de
l'INDUSTRIE appelèrent: à l'amélioration des budgets de la
recherche agricole; et, à la reconnaissance du rôle de
l'Internet dans la diffusion des informations et celui des
coopératives agricoles dans l'échanges des données et des
techniques. Les représentants des ONG appelèrent: à une
formation professionnelle dans le domaine de la science et de
l'agro-écologie autochtones; à des réseaux d'agriculteurs
autochtones plus solides; à la reconnaissance que le maintien des
connaissances et de la biodiversité dans le domaine public est
crucial pour les objectifs de l'ADDR; à une attention aux
questions touchant à la propriété des connaissances; et à une
évolution dans l'utilisation des ressources, en soutien à la
mise en place de systèmes alimentaires durables; et à l'accès
des consommateurs à toutes les données concernant les produits.
DIALOGUE DES DETENTEURS DES ENJEUX: LA MONDIALISATION, LA
LIBERALISATION DU COMMERCE ET LES SCHEMAS D'INVESTISSEMENT
Le Président Mayr introduisit le quatrième Dialogue des
Détenteurs des Enjeux sur l'Agriculture Durable, axé sur les
thèmes de la mondialisation, de la libéralisation du commerce,
des schémas d'investissement et des incitations économiques et
des conditions qui doivent encadrer la promotion de l'agriculture
durable.
LES DECLARATIONS D'OUVERTURE: Au nom de l'Industrie, la
représentante des GROCERY MANUFACTURERS OF AMERICA fit part de
son appui aux industries agroalimentaires et à un développement
agricole durable à travers des approches basées sur la loi du
marché capable de promouvoir les responsabilités sociales et
environnementales. L'oratrice appela à une levée progressive des
barrières commerciales et à la mise en place de nouveaux canaux
de partenariats, faisant état des progrès réalisés à travers
les initiatives volontaires et les codes de bonnes conduites. La
FEDERATION INTERNATIONALE DES PRODUCTEURS AGRICOLES, intervenant
au nom des Agriculteurs, identifia les six éléments qui
constituent les conditions nécessaires de l'agriculture durable:
un environnement politique stable; une infrastructure rurale
essentielle; un cadre de régulation approprié; une participation
effective des détenteurs des enjeux; des ressources accrues pour
le développement agricole; et des mécanismes efficaces de
transfert des technologies.
Parlant au nom des Syndicats, la représentante des UNITED FOOD
AND COMMERCIAL WORKERS souligna l'importance des politiques
d'emploi visant à alléger la pauvreté et à traiter les aspects
sociaux du développement durable. Elle appela à de nouvelles
approches dans l'établissement des objectifs et en matière de
suivi, et à l'endossement de la nouvelle convention de l'OIT pour
la santé et la sécurité.
LE RESEAU TIERS-MONDE, au nom des ONG, mit en relief le passage
du contrôle économique aux compagnies transnationales (CTN), la
dépendance des agriculteurs de l'approvisionnement des produits
chimiques par les CTN, et la rapide concentration des richesses et
du pouvoir. La porte-parole devait, en outre, souligner la
nécessité de réévaluer les tendances de la mondialisation et
appeler à l'instauration d'une coopération mondiale basée sur
le principe de responsabilités communes mais différenciées.
LES REPONSES GOUVERNEMENTALES: L'AFRIQUE DU SUD appela les pays
industrialisés à supprimer les politiques de distorsion des
marchés et à reconnaître les implications protectionnistes de
la multi-fonctionalité. L'AUSTRALIE mit en exergue la nécessité
du ciblage des politiques, tel que vers les partenariats
communautaires. L'UE appela à un examen attentif des visées des
subventions. L'ALLEMAGNE déclara que le futur agenda commercial
doit aborder les DPI, le traitement particulier dû aux pays en
développement au sein de l'OMC, et le rôle des règles de l'OMC
dans l'impulsion des conditions sociales dans les pays en
développement. Le délégué des ETATS UNIS parla du rôle des
gouvernements dans l'habilitation des agriculteurs à prospérer
dans une économie basée sur les besoins des consommateurs. L'UE,
avec l'appui de la SUEDE, mit l'accent sur l'engagement en faveur
de l'accès libre pour l'ensemble des produits essentiels
exportés des pays moins développés.
LE DIALOGUE OUVERT: Les représentants de l'INDUSTRIE
identifièrent la nécessité de réduire progressivement le
soutien des prix, notant que les agriculteurs auront besoin d'un
délai pour s'ajuster aux nouvelles conditions. Les repr�sentants
des ONG et des groupes d'AGRICULTEURS mirent l'accent sur le haut
degr� de protection et de subventions agricoles dans les pays
industrialis�s, et appel�rent � un traitement particulier et
diff�rentiel pour les pays en d�veloppement. Les repr�sentants
de INDIGENOUS PEOPLE not�rent l'impossibilit� pour bon nombre
d'autochtones d'�tre comp�titifs dans les march�s actuels, en
raison des modes d'oppression historiques, et appel�rent � un
amendement des r�gles de l'OMC. Les d�l�gu�s des SYNDICATS
appel�rent � la suppression des subventions commerciales, � une
r�forme des r�gles commerciales pour favoriser le d�veloppement
durable et les droits des travailleurs, et � l'insertion d'une
r�f�rence aux "travailleurs agricoles salari�s" dans
les documents concernant l'ADDR et le CMFA.
LES RECOMMANDATIONS: Les repr�sentants de l'INDUSTRIE
appuy�rent: la r�duction des subventions et la suppression du
protectionnisme; l'instauration d'un cadre international plus
coh�sif pour le commerce et le d�veloppement durable; et la mise
en place d'un syst�me de r�glement des diff�rends clair pour le
traitement des questions soulev�es � l'OMC et dans le cadre des
accords environnementaux multilat�raux. Les repr�sentants des
SYNDICATS soutinrent: les subventions diff�renci�es; la revue
des r�gles encadrant le commerce et l'investissement pour
prot�ger les droits des travailleurs, des petits agriculteurs et
des consommateurs; la d�termination, par les d�l�gations
participant la CDD-8, d'int�grer les pratiques de d�veloppement
durable, y compris les principales normes r�gissant l'emploi,
dans les accords commerciaux et les lignes directrices qui s'y
rapportent au sein du FMI et de la Banque Mondiale; et la mise en
place d'un processus de d�bat public ouvert durant les
n�gociations du commerce international, pour s'assurer de sa
participation, avant que des accords ne soient impos�s de
mani�re injuste sur les travailleurs, les consommateurs et les
agriculteurs. Les repr�sentants des AGRICULTEURS soulign�rent la
n�cessit� d'�tablir une distinction entre les subventions qui
introduisent une distorsion commerciale et celles qui n'en
introduisent pas, et mirent en exergue l'imp�ratif de
l'implication des diff�rents niveau de gouvernement dans les
politiques visant � traiter les effets du commerce sur
l'agriculture, l'�cologie et la soci�t�. Les repr�sentants des
ONG appel�rent: � une �valuation approfondie de l'impact de la
lib�ralisation du commerce sur la durabilit�, la pauvret�, la
malnutrition et la d�forestation; et � un moratoire sur les
n�gociations de l'OMC, dans l'int�rim.
LES RECOMMANDATIONS (l'Investissement): Le Pr�sident Mayr
invita les participants � aborder la question de savoir comment
orienter l'investissement vers les pays en d�veloppement, pour y
soutenir l'agriculture durable. Un repr�sentant des AGRICULTEURS
mit l'accent sur le besoin d'investissements dans les
installations de transformation des produits agricoles locaux pour
y apporter une plus value et r�duire la demande locale en
mati�re de produits de base. Les repr�sentants de INDIGENOUS
PEOPLE appel�rent � une d�mocratisation des institutions
nationales pour s'assurer que l'investissement atteindra les
couches populaires sur le terrain, et � la d�mocratisation des
holdings fonciers dans le monde entier. Les ONG appel�rent: � un
ciblage dans l'investissement de mani�re � soutenir le
d�veloppement de l'�conomie locale et le circuit des capitaux;
� la d�faite des tentatives men�es au sein de l'OMC de
restreindre la capacit� des gouvernements � privil�gier
l'investissement local; et � l'annulation de la dette. Les
repr�sentants de l'INDUSTRIE appel�rent � la promotion de la
libert� relative de l'investissement et du libre �change, tant
au plan national qu'au plan international. Les repr�sentants des
SYNDICATS appel�rent � des programmes de transition, � des
compensations, � une re-formation et � des mesures en faveur de
l'emploi, pour le secteur rural.
CONCLUSION DES DIALOGUES DES DETENTEURS DES ENJEUX: Le
Pr�sident Mayr remercia tous les participants et qualifia les
quatre r�unions, de processus d'instauration de la confiance. Il
indiqua que les conclusions seront pr�sent�es aux Ministres
participant aux travaux de la CCD-8.
DANS LES COULOIRS
Trois pays se sont port�s candidats � l'accueil de la revue
de la dixi�me ann�e de la CNUED. La R�publique de Cor�e a,
croit-on savoir, annonc� lors d'une r�union priv�e tenue mardi,
qu'elle �tait pr�te � abriter l'�v�nement en 2002, se
joignant ainsi aux deux premiers candidats, le Br�sil et
l'Afrique du Sud. Des bruits courent �galement sur l'int�r�t
que porterait l'Indon�sie � cet �v�nement. Les ONG seraient en
train d'exercer des pressions pour que l'�v�nement se d�roule
ailleurs qu'a New York pour �viter une r��dition de la fonte de
l'int�r�t de la SE/AGNU.