La huitième session de la Commission du développement Durable
(CDD-8) s'est ouverte aujourd'hui au siège des Nations Unies à
New York. Le Président Juan Mayr (Colombie) a encouragé les
délégations à utiliser la session comme une occasion de
dialogue plutôt que de négociations et de prise de décisions,
faisant état de la situation de blocage dans laquelle se trouvent
les échanges internationaux sur un certain nombre de questions
soumises à l'examen. Après avoir abordé, le matin, les
questions procédurières, et entendu les rapports concernant les
activités de la période intersessions, les participants devaient
engager, au cours de l'après-midi et de la soirée, le Dialogue
des Détenteurs des Enjeux sur l'Agriculture et le Développement
Durable.
LA PLENIERE D'OUVERTURE
Le Président Mayr déclara la session ouverte et invita les
délégués à procéder à l'élection des membres du Bureau. Il
rappela que l'élection de l'un des Vice-présidents du Bureau de
la CDD-8 avait été reportée en 1999, et indiqua que les Etats
africains s'étaient entendus sur la nomination d'Abderrahmane
Merouane (Algérie). Merouane fut ainsi élu pour siéger au sein
du Bureau de la CDD-8 avec Mayr et les Vice-présidents Patrick
McDonnell (Irlande), Zvetolyub Basmajiev (Bulgarie) et Choi Seok-young
(République de Corée).
Nitin Desai, Sous-Secrétaire Général des Nations Unies,
chargé des Affaires Sociales, remercia le Président Mayr pour
son commandement innovant et énergique puis exposa ses attentes
quant aux résultats de cette session, à savoir: des lignes
directrices pratiques pour une intégration efficace des
dimensions économiques, écologiques et sociales des sols et de
l'agriculture; le dépassement du niveau de la rhétorique quant
aux voies et moyens de traiter la tendance à la baisse
enregistrée dans l'APD; une nouvelle focalisation sur le thème
commerce et environnement; et des orientations pour l'ECOSOC et
pour l'Assemblée Générale de l'ONU sur le suivi du Forum
Intergouvernemental sur les Forêts (FIF).
Le Président Mayr présenta le calendrier des travaux de la
CDD-8, notant l'établissement de trois comités de rédaction: le
comité chargé de la planification et de la gestion intégrées
des ressources en terre et de l'agriculture, qui sera présidé
par Patrick McDonnell; le comité chargé des ressources
financières et des mécanismes de financement, de la croissance
économique, du commerce et de l'investissement, qui sera
présidé par Choi Seok-young; et le comité chargé des
préparatifs de Rio+10, qui sera présidé par Zvetolyub
Basmajiev.Au sujet du Segment de Haut Niveau, le Président Mayr
indiqua que cinq réunions thématiques y sont prévues. Le
calendrier des travaux (E/CN.17/ 2000/1) fut approuvé.
RAPPORTS DES GROUPES DE TRAVAIL SPECIAUX INTERSESSIONS: Le
rapport du Groupe de Travail Spécial Intersessions (GTSI) sur la
Planification et la Gestion Intégrées des Ressources en Terre et
de l'Agriculture (E/CN.17/2000/11) fut présenté par le
Coprésident du GTSI, Patrick McDonnell. L'orateur mit en relief,
entre autres, les aspects suivants: la mise en œuvre des
objectifs de l'agriculture durable et du développement rural (ADDR);
le caractère multi-fonctionnel de l'agriculture (CMFA); l'accès
à la terre et la sécurité du régime foncier, en particulier
pour les groupes sociaux défavorisés; la sécurité de
l'approvisionnement alimentaire; l'allégement de la pauvreté; et
l'interaction entre le milieu urbain et le milieu rural. Il
anticipa que des éléments additionnels émergeront au cours du
Dialogue des différents détenteurs des enjeux et du Segment de
Haut Niveau.
Le Coprésident du GTSI, Choi Seok-young, résuma le rapport du
Groupe de Travail Spécial Intersessions sur les Ressources
Financières et les Mécanismes de Financement, la Croissance
Economique, le Commerce et l'Investissement. Il nota les
éléments pouvant figurer dans le projet de décision,
identifiés au cours de la réunion et affirma que le travail dans
ce domaine était crucial pour l'évaluation des dix années de la
CNUED.
RAPPORTS DES ACTIVITES INTERSESSIONS: Le délégué des
PAYS-BAS mit en relief les challenges, les objectifs et les
résultats de la Conférence "Cultiver nos Avenirs", qui
s'est déroulée aux Pays-Bas en septembre 1999, et appela à une
solution axée sur l'action. L'AUSTRALIE résuma les conclusions
de la Conférence "Land Care" qui a eu lieu en mars 2000
et qui a abordé le thème sectoriel de la planification et de la
gestion intégrées des ressources en terre. Il nota le rôle des
communautés locales et autochtones dans la gestion des terres et
les progrès réalisés au niveau de l'élaboration et de la mise
en œuvre des solutions. Il mit en exergue la création d'un
centre d'échange d'information en la matière à Canberra. La
SUISSE introduisit une brochure décrivant le nouveau mandat
assigné aux agriculteurs helvétiques et appelant à l'adoption
de méthodes de production plus efficaces et à la protection de
l'environnement, au maintien de la fertilité des sols et à la
promotion de la biodiversité. L'AUSTRALIE parla de l'atelier
international sur la gestion des sols et le développement durable
et introduisit la Déclaration de Bathurst. Un représentant du
Département Américain des Affaires Economiques et Sociales
présenta les résultats du premier Forum International des
Conseils Nationaux du Développement Durable qui s'est réuni à
New York au cours de la semaine qui a précédé la CDD-8. Il
rapporta que les participants y avait identifié l'importance des
conseils nationaux de développement durable pour la formulation
des stratégies et de la participation de la société civile.
DIALOGUE DES DETENTEURS DES ENJEUX: LES TECHNIQUES DE
PRODUCTION, LA CONSOMMATION ET LA SECURITE
Le Président Mayr introduisit le premier Dialogue des
différents détenteurs des Enjeux sur l'Agriculture Durable, se
focalisant sur les choix offerts dans le domaine des techniques de
production agricole, des modes de consommation et des régulations
de sécurité: potentialités et menaces pour l'agriculture
durable.
LES DECLARATIONS D'OUVERTURE: Au nom de l'industrie et du
commerce, le RESEAU AGRO ALIMENTAIRE INTERNATIONAL identifia les
techniques agricoles intégrées comme étant le moyen le plus
approprié de concrétiser la durabilité, et accueillit
favorablement l'intervention gouvernementale adaptée aux
conditions locales. Au nom des agriculteurs, La FEDERATION
INTERNATIONALE DES PRODUCTEURS AGRICOLES et la VIA CAMPESINA
soulignèrent l'importance de l'agriculture régénératrice et
exhortèrent les gouvernements et les agences internationales à
se focaliser sur l'impact des politiques agricoles sur les petits
paysans fermiers. La CONFEDERATION INTERNATIONALE DES SYNDICATS
LIBRES mit l'accent sur: le soutien du travail de l'Organisation
Internationale du Travail (OIT);la promotion de la participation
des travailleurs dans les processus décisionnels; et
l'identification des effets de la biotechnologie sur l'emploi.
Intervenant au nom des ONG, des femmes et des populations
autochtones, le NGO CAUCUS ON SUSTAINABLE AGRICULTURE AND FOOD
SYSTEMS recommanda, entre autres: une focalisation sur les petits
agriculteurs; l'amélioration de la sécurité alimentaire à
travers l'adoption d'un régime foncier approprié; le soutien des
tendances vers l'agriculture organique; le parachèvement et la
ratification de la Convention sur les Polluants Organiques
Persistants (POP); l'application du moratoire sur la mise en
circulation de tous les OGM dans l'environnement; la suppression
des subventions agricoles; et l'appui du droit du consommateur à
savoir.
LE DIALOGUE OUVERT: Notant la nécessité de semences
résistantes à la sécheresse, l'EGYPTE plaida pour le recours
aux nouvelles technologies là où la sécurité peut être
garantie. Le délégué des PAYS-BAS mit en relief la sécurité
alimentaire mondiale et appela à des propositions axées sur
l'action, de la part de la CDD. Le NIGERIA, au nom du G-77/CHINE,
déclara que le fardeau de la dette des pays en développement et
les effets de la volatilité du financement mondial, doivent être
traités. Le délégué des ETATS-UNIS évoqua les cinq principes
devant orienter le cadre de la biotechnologie: un processus de
régulation objectif, l'implication du consommateur, l'équité à
l'endroit de l'agriculteur, la citoyenneté de l'entreprise, et un
commerce international ouvert et libre. Le CANADA recommanda la
mise en place de systèmes de régulation efficaces en matière de
biosécurité, dans les pays en développement, et le transfert de
l'expertise.
LES RECOMMANDATIONS DES DETENTEURS DES ENJEUX: Les
représentants des SYNDICATS recommandèrent: que les concepts
d'ADDR et de CMFA reconnaissent les salariés du secteur agricole
en tant que groupe social à part; que les principales normes
encadrant l'emploi soient reflétées dans les travaux de la CDD
et dans les concepts d'ADDR et de CMFA; et qu'une plus grande
sécurité et une protection contre les pesticides soit assurées
aux travailleurs.
Les représentants des ONG présentèrent des recommandations
portant sur: la question des responsabilités dans l'introduction
des OGM; le droit des agriculteurs à sauver leurs semences
agricoles; la mobilisation en faveur d'une agriculture durable
basée sur l'agro-écologie; la création d'un groupe de travail
constitué des détenteurs des enjeux pour l'étude des
indicateurs de l'agriculture durable; la revitalisation des
connaissances et techniques locales; l'engagement de cinquante
pour cent du financement destiné à la recherche agricole et de
soixante-dix pour cent du financement destiné aux projets, à la
production organique; l'engagement, par la FAO, à allouer, d'ici
trois ans, cinquante pour cent de son financement et de ses
ressources humaines à l'agriculture organique durable; un passage
du financement de la recherche universitaire, à des études
consacrées à l'agriculture organique; l'application du principe
de précaution; la mise en œuvre d'un moratoire sur les
technologies qui pose un risque évident ou potentiel; et
l'adoption d'approches agro-écologiques participatives axées sur
l'agriculture. Les représentants des POPULATIONS AUTOCHTONES
présentèrent des recommandations portant sur: la nécessité
d'un moratoire sur les essais de terrain en matière d'OGM; le
soutien gouvernemental et intergouvernemental en faveur des
pratiques agricoles durables des populations indigènes; le
respect gouvernemental et international pour les droits fonciers
en appui à l'agriculture durable; le besoin d'un groupe de
travail comportant les représentant des peuples autochtones, des
femmes et des couches exploitées; et la nécessité des
mécanismes fonciers garantissant l'accès à la terre productive.
Les représentants de l'INDUSTRIE recommandèrent: que les
délibérations sur l'agriculture organique et les OGM soient
menées sur la base de la rationalité scientifique et non sur
"l'émotivité"; que les pays se dotent des capacités
nécessaires à la mise en œuvre de procédures de régulation de
bios�curit�, �clair�es et fond�es sur la science; que des
indicateurs soient �labor�s pour l'�valuation des effets
respectifs des approches de l'agriculture organique et de la
biotechnologie sur la durabilit�; et que l'innovation soit
guid�e par la satisfaction des besoins. Les repr�sentants des
AGRICULTEURS recommand�rent: que des montants �quivalents de
soutien financier soient consacr�s au g�nie g�n�tique et au
petits agriculteurs; que les gouvernements augmentent
l'investissement du secteur public dans la recherche agricole; que
les gouvernements �laborent un cadre de r�gulation rationnel
pour les OGM et les produits organiques, avec la participation des
diff�rents d�tenteurs des enjeux dans la conceptualisation; que
la s�curit� du r�gime foncier soit reconnue comme la meilleure
incitation pour une agriculture durable; et que les gouverne
ments reconnaissent la n�cessit� de partager la responsabilit�
des co�ts
de production plus �lev�s de l'agriculture durable.
DIALOGUE DES DETENTEURS DES ENJEUX: LES BONNES PRATIQUES EN
MATIERE DE GESTION DES RESSOURCES EN TERRE
Le Pr�sident Mayr introduisit le second Dialogue des
d�tenteurs des enjeux, focalis� sur les bonnes pratiques en
mati�re de gestion des ressources en terre pour la r�alisation
de cycles alimentaires durables.
LES DECLARATIONS D'OUVERTURE: Notant la n�cessit� d'une plus
grande intensit� culturale et de meilleures r�coltes, le RESEAU
AGRO-ALIMENTAIRE INTERNATIONAL mit en relief le r�le de la
biotechnologie et souligna l'imp�ratif d'adapter l'agriculture
durable aux conditions d�mographiques, techniques et socio-�conomiques
locales. La FEDERATION INTERNATIONALE DES PRODUCTEURS AGRICOLES et
la VIA CAMPESINA appel�rent � la mise en place de mesures
politiques favorisant les pratiques agricoles durables, y compris,
l'�galit� dans l'acc�s au cr�dit pour les petits agriculteurs,
les programmes de partenariat et la promotion des produits
organiques. La CONFEDERATION INTERNATIONALE DES SYNDICATS LIBRES
appela � des lignes directrices pour les compagnies
multinationales op�rant dans le domaine alimentaire et recommanda
d'utiliser les flux de capitaux dans le renforcement des
capacit�s. Le NGO CAUCUS ON SUSTAINABLE AGRICULTURE AND FOOD
SYSTEMS recommanda la suppression des subventions, l'am�lioration
de l'int�gration des politiques appliqu�es dans l'agriculture et
dans le d�veloppement rural, la garantie d'un r�gime foncier
�quitable, la redistribution des terres de qualit�, et la
promotion du r�le des petits exploitants. Le repr�sentant appela
par ailleurs l'industrie � d�finir "l'agriculture
durable".
Les r�ponses gouvernementales: L'EGYPTE mit l'accent sur les
potentialit�s de la recherche appliqu�e dans le domaine de
l'accroissement de la productivit� agricole. Soulignant le
caract�re multi-fonctionnel de l'agriculture, le JAPON mit en
exergue le r�le du secteur public dans la fourniture des donn�es
et des technologies aux agriculteurs et aux consommateurs.
LE DIALOGUE OUVERT: Les repr�sentants de l'INDUSTRIE
propos�rent des recommandations appelant � des politiques
publiques capables: d'assurer la pr�servation des r�coltes; de
garantir des salaires dignes au travailleurs et des march�s
justes aux producteurs; et d'encourager la coop�ration entre tous
les secteurs. Les ONG avanc�rent des recommandations appelant: �
des ressources pour la recherche dans le domaine de
l'agro-�cologie; � la cr�ation d'un groupe de travail sur les
questions ayant trait � la gestion des sols, avec pour mandat, de
se r�unir jusqu'� la CDD-10; � l'�laboration de m�canismes
juridiques nationaux et internationaux, � refl�ter le r�gime
foncier comme pr�alable � l'ADDR; � la cr�ation d'instruments
nationaux et internationaux permettant la reconnaissance des
pratiques agricoles traditionnelles; et � la ratification de la
convention sur les POP et des accords pertinents sur les
changements climatiques.
Les SYNDICATS recommand�rent: l'�tablissement des droits des
travailleurs agricoles; la connexion d'autres secteurs � celui de
l'agriculture; le traitement de la pollution transfrontali�re; et
l'�tablissement d'un lien entre les modes de production et de
consommation � travers la mise en place d'un syst�me alimentaire
int�gr�. Les repr�sentants des AGRICULTEURS sugg�r�rent des
recommandations appelant: � l'identification des meilleures
pratiques pour analyse; � un soutien de la part des gouvernements
nationaux au profit des agriculteurs locaux pour l'obtention du
capital; � des mesures de protection des activit�s en cours dans
le domaine de l'agriculture durable; et � l'int�gration du
principe de pr�caution dans les politiques agricoles. Le
Pr�sident nota que des �l�ments ont �t� �tablis pour les
d�bats et travaux � venir et ajourna la r�union � 21h45.
DANS LES COULOIRS
Un certain nombre de participants se sont interrog�s sur le
sort qui sera r�serv� aux contributions apport�es par les
d�tenteurs des enjeux au cours des �changes sur le th�me de
l'agriculture durable. Ils se sont demand�, notamment, si les
recommandations �mises par ces derniers allaient pouvoir �tre
refl�t�es dans les propositions qui seront n�goci�es dans les
comit�s de r�daction de la CDD-8. Des r�serves ont �t�
�galement formul�es quant � la focalisation �tendue sur la
biotechnologie au d�triment d'autres sujets, dans le d�bat.