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Publié par L'Institut International du Développement Durable (IIDD)

 

Vol. 100 No. 2
Mercredi, 26 janvier 2005
 

LES FAITS MARQUANTS DE LA CONFERENCE INTERNATIONALE “BIODIVERSITE: SCIENCE ET GOUVERNANCE”:

MARDI 25 JANVIER 2005

Mardi, les participants à la Conférence Internationale “Biodiversité: Science et Gouvernance” se sont réunis en Plénière tout le long de la journée. Ils ont planché sur la question de l’état actuel et de l’évolution de la biodiversité mondiale, le matin, et sur celle des avantages écologiques et sociaux de la biodiversité, l’après-midi.     

PLENIERE

ETAT ACTUEL ET EVOLUTION DE LA BIODIVERSITE MONDIALE: Mary Arroyo, de l’Université du Chili, a présidé la session plénière consacrée à la question de l’état actuel et de l’évolution de la biodiversité mondiale.

Georgina Mace, de la Société Zoologique de Londres, a présenté l’audit mondial de l’état actuel de la biodiversité, établi sur la base de trois études: l’Evaluation Ecosystémique du Millénaire, l’Evaluation Mondiale des Espèces, de l’UICN – de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, et l’Eco-régions de la WWF. S’agissant du niveau intra-espèces, elle a précisé que les renseignements sont épars, que les données disponibles ne portent uniquement que sur les espèces essentielles à l’alimentation et à l’agriculture, et que les renseignements concernant les populations sont limités aux échelles régionales et aux vertébrés. Au sujet du niveau des espèces, elle a noté que les renseignements et les données disponibles sont limités aux grands groupes d’espèces, et que la diversité des espèces se situe entre 5 et 30 millions, dont 2 millions seulement sont identifiés. Elle a souligné que l’estimation du taux d’extinction des différentes espèces se situe entre 1 et 12 millions d’espèces par an, et que, selon la Liste Rouge établie par l’UICN, 12 à 52 % des espèces appartenant aux taxons élevés, sont menacées d’extinction. Au sujet des écosystèmes, elle a expliqué que l’érosion des habitats a été constante et qu’elle se poursuivrait. Mace a mis également en lumière: les lacunes importantes dans les connaissances concernant, en particulier, certains taxons importants, comme les invertébrés, les plantes et les champignons; la nécessité de procéder à l’étude de l’évolution de la biodiversité sur la base de mesures comparable sur des périodes de temps données; le manque d’études au niveau génétique; la connaissance moindre des habitats des milieux marins et d’eaux douces par rapport aux habitats terrestres; et la mauvaise compréhension des effets des changements survenus dans la biodiversité, sur les services écosystémiques.

Michael Donoghue, de l’Université de Yale, a présenté les défis à relever dans les domaines de la documentation et de la classification de la biodiversité. Il a décrit le rôle de la croissance démographique dans la destruction des habitats et l’homogénéisation des biotopes. Il a identifié les problèmes posés à l’estimation des nombres des espèces, y compris des espèces cryptiques, des différentes populations au sein des espèces et des ressources affectées à la recherche portant sur des taxons particuliers. Il a attiré l’attention sur le manque de connaissances concernant le nombre d’espèces marines, en particulier, les organismes bactériens marins. Au sujet de la relation phylogénique existant entre les espèces, il a présenté des exemples de rapports évolutionnaires inattendus entre diverses espèces. Il a également mis en relief l’importance de l’extraction de données des 2,6 milliards de spécimens du monde entier, qui se trouvent dans les musées, et a souligné que l’éventail des outils d’identification des espèces s’est élargi d’année en année mais que bon nombre d’outils de laboratoire sont encore inaccessibles aux pays en développement. Donoghue a également souligné l’importance de la mise à contribution de la technologie et de l’accroissement des ressources humaines et du renforcement des capacités dans le domaine de l’identification des espèces. Il a affirmé que les outils actuellement disponibles sont en mesure de révolutionner l’identification des espèces, pour peu qu’ils soient assortis d’engagements financiers et politiques.

Achim Steiner, Directeur Général de l’UICN, a suggéré de plutôt expliquer pourquoi la biodiversité est importante que de se focaliser sur l’extinction et sur la biodiversité non encore découverte. Faisant constater une augmentation des zones de la Planète devenues aires protégées, il a fait part de sa satisfaction quant aux réussites enregistrées récemment dans le domaine de la préservation de la biodiversité. Il a souligné la nécessité d’unifier les approches et les stratégies et de déterminer des objectifs communs, notant que l’approche écosystémique fournit un parapluie sous lequel la recherche, la gestion et la préservation peuvent être alignées. Steiner a encouragé une participation accrue du Sud dans la préservation, et a déclaré que la nature ne devrait pas être assujettie uniquement aux analyses économiques du rapport coût-bénéfice. Faisant l’éloge des initiatives telles que la Liste Rouge de l’UICN et l’Evaluation Mondiale des Espèces, il a mis en garde que le problème n’est pas tant celui de l’élaboration des preuves élémentaires que de convaincre la société à opérer des changements. Plutôt qu’un service d’information centralisé, il a plaidé pour l’amélioration de l’interface et de la connectivité entre les différentes sources disponibles, en particulier dans les pays en développement. Steiner a suggéré de communiquer que la biodiversité est essentielle à l’éradication de la pauvreté et, mettant en relief le pouvoir du marché, a déclaré que le commerce peut être une solution et non un problème.

Le Président de la Table Ronde Jose Sarukhan, de l’Institut Ecologique National du Mexique, a invité les panélistes à échanger leurs vues concernant le rôle des chercheurs et des naturalistes amateurs et concernant le point de savoir si un centre international spécialisé en biodiversité était nécessaire.

Peter Bridgewater, Secrétaire Général de la Convention de Ramsar sur les Terres Humides, a appelé à une focalisation sur le rôle de la biodiversité dans la fourniture des services écosystèmiques, traitant également des zones froides et des zones humides de l’habitat de la biodiversité, et de l’amélioration des synergies pour les avis scientifiques. Il a souligné la nécessité d’une gestion adaptive et d’une approche préventive.

Thomas Lovejoy, Président du Centre Heinz, a souligné la nécessité de déterminer les voies et moyens de montrer les liens existant entre la biodiversité et d’autres questions, y compris l’étude de la réactivité de la nature face aux changements climatiques.

Catherine Day, Directrice Générale de l’Environnement au sein de la Commission Européenne (CE), a axé son intervention sur les besoins des décideurs politiques, soulignant la nécessité de davantage de science, de meilleurs outils de mesure, et d’indicateurs politiquement pertinents. Elle a précisé que les défis à relever englobent l’intégration de la biodiversité dans les autres politiques et la persuasion des décideurs politiques que les mesures de préservation de la biodiversité, y compris l’établissement d’aires protégées, constituent un investissement pour l’avenir.

Bertrand Tramier, Directeur Exécutif de la ‘Total Corporate Foundation’, a souligné le besoin d’une meilleure compréhension des liens entre l’industrie et la préservation de la biodiversité, et a mis en relief les activités menées par Total dans le domaine de la biodiversité, notamment la création d’une fondation pour la préservation de la biodiversité et des mers.

Mace, appuyée par Lovejoy, a déclaré que les aires protégées ne sont pas l’unique réponse pouvant être apportée à l’érosion de la biodiversité, et que les être humains doivent apprendre à vivre de manière durable avec la nature. Elle a encouragé les scientifiques à collaborer aux projets de grande échelle visant à concrétiser l’objectif 2010.

Dans le d�bat qui a suivi, les participants ont soulign� le besoin: de dialogues ouverts entres le commerce et l�industrie, les gouvernements, les organisations internationales et les scientifiques, sur l�utilisation du bois d��uvre certifi�; d�un soutien accru de la part des gouvernements, en faveur des communaut�s locales, pour une utilisation durable de la biodiversit�; d�un partage des avantages; de partenariats entre le Nord et le Sud, ax�s sur la recherche scientifique et la formation; et d�approches interdisciplinaires. 

AVANTAGES ECOLOGIQUES ET SOCIAUX DE LA BIODIVERSITE: Jacques Weber, Directeur de l�Institut Fran�ais de la Biodiversit�, a pr�sid� la session  pl�ni�re consacr�e au th�me des avantages �cologiques et sociaux de la biodiversit�.  

David Tilman, de l�Universit� de Minnesota, a pr�sent� le travail de recherche men� sur le lien entre les services �cosyst�miques et la biodiversit�. Il a donn� un aper�u historique sur les premi�res th�ories �cologiques qui associaient la haute productivit� � des domaines �lev�s de la biodiversit�. Il a �galement pr�sent� les r�sultats de la recherche men�e au cours de la d�cennie �coul�e, confirmant ces premi�res th�ories et d�montrant que l��rosion de la biodiversit� conduit � un d�clin: de la productivit� v�g�tales; de l�efficacit� de l�utilisation des ressources v�g�tales; de la stabilit� et de pr�visibilit� des �cosyst�mes; et de la fixation du carbone. Tilman a �galement pr�sent� des travaux de recherche montrant que l��rosion de la biodiversit� peut aboutir � des risques accrus d�invasions par des esp�ces exotiques. Il a pr�cis� que les services �cosyst�miques englobent la productivit�, la qualit� de l�eau, la stabilit� des �cosyst�mes et la protection contre les esp�ces exotiques envahissantes. Soulignant que la vraie valeur des services �cosyst�miques est souvent n�glig�e, il a soulign� qu�une politique environnementale sage est celle qui s�attelle � optimiser � la fois la quantit� et la qualit� de ces services au profit de la soci�t�. Dans le d�bat qui a suivi, les participants ont appel� � un accroissement des pratiques �cologiques dans les politiques agricoles et � l�identification d�alternatives viables pour les agriculteurs qui utilisent des terres riches en biodiversit�, � des fins agricoles, dans les pays en d�veloppement.

Andrew Dobson, de l�Universit� de Princeton, a trait� des liens entre biodiversit� et sant� humaine. Il a affirm� que de nombreux pathog�nes ne sont aptes � menacer les �tres humains que lorsque leur environnement naturel a subi des perturbations, et  a argu� que les solutions rudimentaires apport�es aux maladies sont souvent les plus efficaces. Soulignant l�importance de la mise en lumi�re des connaissances �cologiques, il a d�crit les interactions entre les pathog�nes, les syst�mes immunitaires des �tres humains, la r�sistance aux m�dicaments, la densit� d�mographique, la densit� du cheptel, la biodiversit� et le climat. Dobson a pr�cis� que les esp�ces exotiques deviennent envahissantes souvent parce qu�elles ne trouvent pas les parasites qui les infestent dans leur habitat naturel, et que les esp�ces exotiques peuvent introduire des parasites capables de menacer d�extinction les esp�ces autochtones. Il a expliqu� que l��limination des pathog�nes des syst�mes naturels, comme cela a �t� fait � des fins agricoles dans certains endroits, influence grandement le fonctionnement d�un �cosyst�me. Il a soulign� que la biodiversit� est une importante barri�re contre les maladies et, en particulier, contre les maladies transmises par des vecteurs comme le paludisme, car les vecteurs tendent � s�attaquer aux �tres humains lorsque la biodiversit� s�affaiblit. Il a conclu que la description des cha�nes alimentaires et de la toile des �cosyst�mes en termes math�matiques constitue le plus grand d�fi scientifique � relever au 21e si�cle.

Charles Perrings, de l�Universit� de York, a pr�sent� un expos� sur l��conomie et la valeur de biodiversit� et des services �cosyst�miques. Il a expliqu� que la valeur anthropocentrique de la biodiversit� et des �cosyst�mes d�rive de la valeur des biens et services qu�ils fournissent, laquelle englobe des valeurs d�utilisation directe, des valeurs d�utilisation indirecte, et des valeurs non utilitaires ou passives. Il a fait observer que la biodiversit� soutient le fonctionnement et les processus des �cosyst�mes, qui, � leur tour, soutiennent la production des biens et services commercialisables. Il a pr�cis�, qu�en termes �conomiques, la biodiversit� est �quivalente � un portefeuille d�actifs, et que les efforts de pr�servation devraient �tre d�sign�s en fonction des moyens et du rapport de covariance du portefeuille. Perrings a pr�cis� que l��conomie devrait �tre int�gr�e dans les efforts et les plans de pr�servation, et a sugg�r� de proc�der � la d�termination des domaines dans lesquels les services �cosyst�miques sont en train de se rar�fier, aux fins d�y orienter les efforts de pr�servation.

Christian K�rner, de l�Universit� de B�le, a parl� des changements climatiques et de la biodiversit�, en se focalisant sur les esp�ces v�g�tales non vivantes et sur les variations du dioxyde de carbones (CO2). Au sujet des effets indirects du CO2 exerc�s sur la biodiversit� � travers les changements climatiques, il a pr�sent� les d�couvertes de la recherche sur les changements climatiques survenu dans les climats froids et les �cosyst�mes montagneux, soulignant que les d�calages microclimatiques peuvent �tre cinq fois plus importants que dans les sc�narios �mis par le Groupe Intergouvernemental sur l�Evolution Climatique. K�rner a pr�cis� que les effets du r�chauffement de la surface de la plan�te englobent: des changements nets dans la fr�quence des esp�ces; le fait que le climat devient plus sec dans certaines parties du globe; l��rosion des taxons � travers les s�cheresses; et l��rosion des for�ts due � l�augmentation du nombre des feux forestiers. Au sujet des effets directs du CO2 sur la biodiversit�, il a d�crit les r�ponses apport�es � des taxons particuliers de flore et de faune. Il a parl� du changement de focalisation op�r� dans le domaine de la recherche ax�e sur le climat, o� on est pass� de la fixation du carbone aux effets exerc�s sur la biodiversit�.  

Le Pr�sident de la Table Ronde, Harold Mooney, de l�Universit� de Stanford et de l�Evaluation Ecosyst�mique du Mill�naire, a affirm� qu�une nouvelle approche est n�cessaire pour l��valuation des avantages potentiels des �cosyst�mes, et a sugg�r� d�utiliser les �checs subies dans la pr�servation de la biodiversit� pour inciter les scientifiques plut�t que le public � entrer en action.

Madeleine Tchuente, Ministre de la Recherche de Scientifique et de l�Education, du Cameroun, a parl� de la riche diversit� des �cosyst�mes du Cameroun, et a mis en relief les initiatives entreprises dans le domaine de la pr�servation, et les partenariats mis en place dans le Bassin du Congo.

Au sujet de la mondialisation et de la biodiversit�, Perrings a d�clar� que le probl�me principal est celui de l�incapacit� des march�s internationaux � traiter l��rosion de la biodiversit�, et a sugg�r� d�int�grer les avis scientifiques concernant les effets environnementaux potentiellement d�favorables de la lib�ralisation du commerce, dans les travaux de l�Organisation Mondiale du Commerce.

Laurent Piermont, Pr�sident de la Soci�t� Foresti�re Fran�aise de la Caisse des D�p�ts, a �labor� sur les exp�riences v�cues dans le domaine du financement de la biodiversit� � travers les m�canismes de march�. Il a soulign� l�importance du g�nie �cologique � co�t mod�r� et de la rationalisation des objectifs de la pr�servation.

Pierre Jacquet, Directeur Ex�cutif du Groupe des Agences Fran�aise de D�veloppement, a d�clar� que l��volution des comportements sociaux et politiques est cruciale pour la pr�servation de la biodiversit�, soulignant la n�cessit� de concilier les int�r�ts des divers acteurs et de mener davantage d�analyses �conomiques et sociales en rapport avec la biodiversit�.

Pierre Valette, du Directorat G�n�ral de la Recherche, � la CE, a soulign� la n�cessit� d��tudes sur les cons�quences �conomiques et sociales de l��rosion de la biodiversit�, assorties d�un accent sur la recherche qui aiderait � �tablir des seuils de durabilit�.

Au cours du d�bat qui a suivi, abordant la question de l�utilisation traditionnelle des herbes m�dicinales au Cameroun, Tchuente a pr�cis� que des instituts sont en train de mener des recherches sur les plantes utilis�es � des fins sanitaires. Au sujet des co�ts et des avantages de la biodiversit�, Perrings a indiqu� que les avantages pour le public ne doivent pas �tre compromis par les gains priv�s. Un participant a appel� les scientifiques du domaine de la biodiversit� � atteindre le grand public � travers des campagnes de sensibilisation plus vigoureux et de meilleurs programmes de communication.


Le Bulletin Biodiversit�: Science et Gouvernance est une publication de l�Institute International du D�veloppement Durable (IIDD) <info@iisd.ca>, �diteurs du Earth Negotiations Bulletin �. Ce num�ro a �t� r�dig� par Changbo Bai, Nienke Beintema, Bo-Alex Fredvik, et Charlotte Salpin. Edition num�rique: David Fernau. R�vision: Stas Burgiel, Ph.D. <stas@iisd.org>. Directeur des services d�information de l�IIDD: Langston James �Kimo� Goree VI <kimo@iisd.org>. Le financement de la couverture de cette conf�rence a �t� fourni par le Minist�re fran�ais de l��ducation nationale, de l�enseignement sup�rieur et de la recherche. Le financement de la version fran�aise du Bulletin est � �t� fourni par l�Organisation Internationale de la francophonie (OIF) et par le Minist�re fran�ais des affaires �trang�res. L�IIDD est joignable au 161 Portage Avenue East, 6th Floor, Winnipeg, Manitoba R3B 0Y4, Canada; tel: +1-204-958-7700; fax: +1-204-958-7710. Les opinions exprim�es dans ce Bulletin appartiennent � leurs auteurs et ne refl�tent pas forc�ment les vues de l�IIDD. Des extraits du Bulletin peuvent �tre utilis�s dans d�autres publications moyennant citation acad�mique appropri�e. Les versions �lectroniques du Bulletin sont transmisent � travers notre liste de distribution e-mail (formats ASCII et PDF) et sont disponibles sur le seveur WWW Linkages � <http://www.iisd.ca/>. Pour plus de renseignements concernant le Bulletin, et notamment les demandes de services de couverture de vos �v�nements, contacter le Directeur des services d�information de l�IIDD <kimo@iisd.org>, +1-646-536-7556 ou 212 East 47th St. #21F, New York, NY 10017, USA. L��quipe du Bulletin couvrant la SDICB est joignable par courriel � <charlotte@iisd.org>.