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Volume 168 Numéro 2 - lundi, 18 juillet 2011
LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET LES RESSOURCES GENETIQUES DESTINEES A L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE : L'ETAT DES CONNAISSANCES, LES RISQUES ET LES OPPORTUNITES
16 JUILLET 2011

Le samedi 16 juillet 2011, en prélude à la treizième session ordinaire de la Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture (CRGAA), un séminaire d'information spéciale a été tenue au siège de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) à Rome , en Italie, sous le thème: "Le changement climatique et les ressources génétiques destinées à l'alimentation et à l'agriculture:. L'état des connaissances, les risques et les opportunités"

Le matin, un débat a eu lieu sur les risques et les opportunités ayant trait aux ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture (RGAA) dans le contexte du changement climatique, débat qui a englobé des exposés sur les ressources génétiques animales, végétales, aquatiques, forestières, de microorganismes et d'invertébrés.

Le groupe de discussion de l'après-midi a abordé les défis et les ripostes par rapport à l'intégration des préoccupations touchant aux RGAA, dans les activités menées dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, à différents niveaux, et a englobé des exposés sur des expériences vécues aux niveaux international, national et communautaire.

OUVERTURE DE LA SESSION

Le président de la CRGAA, Javad Mozafari Hashjin (Iran), a souhaité la bienvenue aux participants et a souligné que les agriculteurs, les communautés qui dépendent des forêts et les communautés de pêcheurs, en particulier du monde en développement, sont les premiers à être touchés par les impacts du changement climatique. Il a affirmé que les RGAA sont indispensables à l'adaptation des plantes et des animaux aux contraintes environnementales liées au changement climatique. Il a souligné que cela devrait être porté à l'attention de la communauté internationale pour lui permettre de mieux répondre aux défis que pose le changement climatique à l'agriculture et à la sécurité alimentaire.

Ann Tutwiler, Directrice générale adjointe, Information FAO, a déclaré que le changement climatique présente des menaces graves et généralisées aux efforts visant à assurer la sécurité alimentaire, et que ce problème devait être traité de manière urgente. Précisant que l'agriculture est considérée comme faisant partie du problème du changement climatique, elle a indiqué que ce secteur doit faire également partie de la solution, et a ajouté que l'adaptation dans le secteur agricole n'est pas une option mais un impératif pour la survie humaine. Elle a souligné que de nombreux pays ont montré un intérêt croissant pour des projets d'atténuation et d'adaptation liés à l'agriculture menés au niveau national, y compris les activités connexes menées dans le cadre de leurs programmes nationaux d'adaptation (PANA).

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET LES RESSOURCES GENETIQUES DESTINEES A L'ALIMENTATION ET A L'AGRICULTURE: LES RISQUES ET LES OPPORTUNITES

Animé par Toby Hodgkin, de la Plate-forme pour la recherche sur l'agro-biodiversité, le groupe de discussion du matin s'est concentré sur l'état des connaissances concernant les risques posés et les opportunités offertes quant à la biodiversité agricole dans le contexte du changement climatique.

LES RESSOURCES ZOO-GENETIQUES : Irène Hoffmann, FAO, a présenté un exposé sur le changement climatique et les ressources génétiques animales (RGA). Elle y a signalé que la production de bétail est un contributeur majeur aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Parmi les domaines d'adaptation potentiels, elle a cité: l'accroissement de la tolérance thermique et des capacités adaptatives de toutes les races de bétail; la réalisation d'une plus grande efficacité dans la production; l'exploration des co-avantages au niveau des espèces et des services écosystémiques, notamment ceux pouvant être obtenus à travers, entre autres, une meilleure utilisation des pâturages, la conservation de la biodiversité sauvage des aires protégées et des parcours de haute valeur naturelle; et, l'exploration d’outils, tels que des régimes de paiement des services environnementaux. Elle a également souligné le rôle clé du Plan d'action mondial pour les ressources génétiques animales en tant que cadre pour relever ces défis.

Un participant a suggéré que la sécheresse doit être considérée comme étant la cause majeure de l'érosion des ressources zoo-génétiques. Hoffmann a répondu que, se fondant sur une série d'enquêtes, des chaines d'entraînement économique et de marché sont apparues en tant que causes principales, et a mis en garde que se concentrer sur la sécurité alimentaire risque de rétrécir la diversité génétique disponible pour répondre aux défis futurs posés à l'adaptation.

LES RESSOURCES PHYTO-GENETIQUES : Andrew Jarvis, Centre international d'agriculture tropicale, a présenté un exposé sur les risques et opportunités pour les ressources phyto-génétiques. Soulignant que le changement climatique va modifier la répartition géographique des zones climatiques, il a présenté trois catégories de risques: de nouveaux climats résultant de nouvelles combinaisons de faits climatiques pour lesquelles aucune espèce adaptée n'existe pour le moment; des changements dans les moyennes et dans la variabilité donnant lieu à des événements extrêmes plus fréquents; et l'accélération du rythme des changements. Il a expliqué que l'aptitude à l'utilisation des cultures va changer avec les changements plus importants attendus dans les zones qui sont déjà des points chauds de la pauvreté.

Comme principaux impacts sur la production agricole, Jarvis a décrit : l'interdépendance croissante dans l'utilisation des ressources phyto-génétiques destinées à l'alimentation et l'agriculture (RPGAA); le fait que près de 30 pour cent des terres soient soumises à de nouveaux climats, et les menaces posées aux espèces sauvages et aux plantes apparentées . Pour clore, il a souligné que les choix d'adaptation dépendent des RPGAA ainsi que du transfert géographique des technologies et pratiques agricoles disponibles pour l'adaptation aux changements de la qualité biotique.

LES RESSOURCES GENETIQUES AQUATIQUES : Au sujet des ressources génétiques aquatiques, Roger Pullin, Consultant de la FAO, a souligné que la gestion des écosystèmes aquatiques est essentielle pour les stratégies d'atténuation et d'adaptation mondiales. S'agissant des risques posés aux ressources génétiques aquatiques, il a cité l'acidification du milieu marin comme étant l'évolution la plus inquiétante. Au sujet des impacts, il a souligné que les pêcheries intérieures et côtières sont plus vulnérables que les pêcheries en haute mer et dans les eaux profondes, et que certains systèmes d'aquaculture sont moins vulnérables que d'autres. S'agissant de l'adaptation, il a mis en exergue les possibilités de changer la composition des espèces, la sélection naturelle d'espèces à taux de fécondité élevés, et l'utilisation d'applications biotechnologiques et la domestication de nouvelles espèces. Il a également recommandé d'examiner la possibilité d'intégrer les poissons évoluant dans les systèmes agricoles des terres humides et le rôle de la pêche et de l'aquaculture comme une composante des cycles globaux de carbone et de nutriments.

LES RESSOURCES GENETIQUES FORESTIERES : Au sujet des ressources génétiques forestières, Bruno Fady, Institut national français de recherche agronomique, a expliqué que les principaux impacts du changement climatique résultent de la modification et du déplacement des bioclimats appropriés. Il a décrit trois stratégies d'adaptation des arbres : la capacité d'adaptation d'un phénotype à une large gamme de conditions climatiques (plasticité phénotypique); l'adaptation génétique; et l'atténuation. Au sujet de l'adaptation génétique, il a mis l'accent sur les lacunes des connaissances relatives aux coûts, les limites et les compromis, la génomique de l'adaptation et de la reproduction, la gestion fondée sur la science des collections et l'augmentation de la plate-forme génétique des programmes forestiers de sélection des espèces. En ce qui concerne les priorités d'adaptation au changement climatique, Fady a souligné la valorisation des mesures de préservation, la recherche sur la migration assistée et les flux de gènes, les populations marginales et les améliorations introduites dans la conservation et la caractérisation des matériaux génétiques.

LES RESSOURCES GENETIQUES DES MICROORGANISMES : Fen Beed, Institut international d'agriculture tropicale, a présenté un exposé sur les ressources génétiques des microorganismes, il a souligné qu'en dépit de leur rôle important dans les fonctions et les services des écosystèmes, les micro-organismes sont largement ignorés en raison de leurs taux et mode de reproduction rapide et de leur capacité limitée à être cultivés dans des conditions de laboratoire. Parmi les principaux rôles remplis par les microorganismes, il a souligné: la formation et le maintien de la structure du sol, l'absorption des nutriments, la fixation de l'azote et la résistance aux, et tolérance, des maladies des plantes; et en tant qu'agents de contrôle biologique. Il a indiqué que les effets précis du changement climatique sur les microorganismes sont difficiles à prévoir en raison du manque de connaissances actuelles.

Parmi les possibilités d'adaptation au changement climatique, Beed a cité les pratiques agricoles qui augmentent la biodiversité et la résilience des écosystèmes, y compris la rotation des cultures et la fertilisation d'engrais verts et organiques. Il a appelé à l'amélioration: de la micro-gestion des ressources génétiques en tant que tampon, agent d'adaptation et agent d'atténuation des changements climatiques; et des mécanismes nécessaires à leur suivi, à la recherche, à la caractérisation et à la conservation. Répondant à une question concernant l'utilisation d'engrais chimiques, Beed a rappelé aux participants que les engrais chimiques impliquent des émissions de gaz à effet de serre et a indiqué qu'une combinaison d'engrais naturels et chimiques pourrait être utilisée en fonction du scénario de biodiversité et des conditions de marché disponibles, au cas par cas.

LES RESSOURCES GENETIQUES DES INSECTES : Matthew Cock, du Centre pour l'agriculture Bioscience International, a présenté un exposé sur les ressources génétiques des insectes et le changement climatique, soulignant leur rôle crucial dans l'agriculture, notamment le fait qu'ils : contribuent aux processus essentiels des sols qui maintiennent la productivité; travaillent comme pollinisateurs et agents de lutte biologique; et sont une source de produits alimentaires et autres. Il a parlé d'incertitude quant aux impacts possibles du changement climatique sur les invertébrés, estimant qu'il est probable que la majorité des pollinisateurs invertébrés, les ravageurs et leurs ennemis naturels se déplaceront avec leurs plantes hôtes, en fonction des changements survenus dans la répartition des cultures alimentaires humaines et fourragères animalières. Il prévoit une augmentation de la demande d'agents de lutte biologique pour le traitement des problèmes causés par les nouveaux ravageurs apparus avec le changement climatique, mais a mis en garde contre le transit d'invertébrés du sol entre les pays, soulignant que la mise en œuvre de nouvelles directives et de politiques pertinentes est nécessaire. Il a fait état de lacunes dans les connaissances, notamment pour ce qui concerne les interactions entre les invertébrés et les facteurs liés au changement climatique, leur caractérisation génétique et les méthodes permettant de faciliter l'adaptation des invertébrés.

LE DEBAT: Le débat qui a suivi a porté sur les lacunes qui subsistent dans les connaissances, les rôles de la conservation in situ et ex situ, et l'atténuation et l'adaptation. Au sujet du manque de connaissances, Fady a parlé de lacunes concernant des espèces d'arbres non domestiquées, concernant les types fonctionnels et concernant les inventaires. Hoffmann a souligné qu'une distinction doit être établie entre les différents niveaux de lacunes dans les connaissances et ce, en fonction du secteur abordé. Elle a souligné que dans le cas du secteur de l'élevage, peu d'espèces sont utilisées, mais que de nouvelles connaissances sur les impacts du changement climatique sont encore nécessaires. Un participant a souligné le besoin de collecter et de compiler les connaissances traditionnelles et locales. Un autre participant a déclaré que les évaluations scientifiques devraient contribuer à la mise en œuvre et qu'elles devraient être utilisées au niveau national. Pullin a souligné la nécessité de renforcer les systèmes d'information relatifs aux ressources génétiques aquatiques. Un autre participant a souligné les lacunes qui subsistent dans l'étude des vulnérabilités tropicales et des mesures d'adaptation à y prendre. Beed a soutenu l'idée d'envisager une approche écosystémique et a souligné que les inventaires et collections centralisés pourraient contribuer à la détermination des lacunes qui subsistent dans les connaissances.

Au sujet de la conservation, plusieurs participants ont appelé à davantage de concentration sur la conservation in situ, les conférenciers précisant que les stratégies ex situ et in situ sont des stratégies complémentaires. Cock a ajouté que la conservation doit assurer également la possibilité de réaliser un déploiement approprié.

Au sujet de l'atténuation et de l'adaptation, un participant a souligné la nécessité, pour le débat international sur le changement climatique, de continuer à se concentrer sur les lacunes qui subsistent dans le domaine de l'adaptation, en particulier dans les pays en développement. Il a également souligné le besoin de renforcer la coopération entre les ministères de l'environnement et de l'agriculture, dans les pays.

Au sujet des mesures visant à s'attaquer aux vulnérabilités, Hoffmann a souligné la nécessité d'approfondir la compréhension des liens entre l'agriculture et la sécurité alimentaire. Un participant a appelé à une évaluation et un accès plus systématiques aux ressources génétiques végétales actuellement stockées dans les banques de gènes, pour ce qui est de leur utilisation potentielle à des fins d'adaptation.

Les conférenciers ont aussi parlé des risques connexes au mouvement délibéré de matériaux génétiques et à l'introduction d'espèces dans de nouveaux environnements pour l'adaptation de l'alimentation et de l'agriculture au changement climatique, citant le cas des espèces exotiques envahissantes. Cock a appelé à des décisions judicieuses sur les introductions, à prendre au niveau international, et à la prise en considération des risques posés par les espèces exotiques envahissantes. Fady a affirmé qu'à la fois des mesures d'adaptation locales et étrangère seront nécessaires pour faire face aux changements climatiques, alors que Jarvis a suggéré que les technologies et les espèces, ainsi que les savoirs traditionnels seront nécessaires.

Faisant écho à une suggestion avancée par le modérateur Hodgkin, Pullin a plaidé pour une approche intersectorielle pour l'adaptation. Un participant a appelé à la conservation comme moyen de soutenir l'adaptation dans les régions vulnérables. Au sujet de la quantification du risque, Cock a suggéré d'améliorer la collecte des données pour permettre la modélisation des risques.

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET LES RESSOURCES GENETIQUES DESTINEES A L'ALIMENTATION ET A L'AGRICULTURE : LES DEFIS ET LES RIPOSTES

La séance de l'après-midi s'est concentrée sur les activités intersectorielles et sur les efforts visant à intégrer les RGAA dans les activités de lutte contre le changement climatique, à différents niveaux. Cette séance a également été animée par Toby Hodgkin.

LES ACTIVITES AU NIVEAU MONDIAL : Peter Holmgren, FAO, a présenté un exposé sur le paysage international de la lutte contre le changement climatique et pour la sécurité alimentaire, soulignant la nécessité de procéder à l'étude des impacts sur la sécurité humaine. Il a précisé que les objectifs à long terme visant à parvenir à la sécurité alimentaire et à éviter les changements climatiques dangereux, exigent une augmentation durable de la production agricole, assortie d'une augmentation de l'absorption des gaz à effet de serre par l'agriculture. Holmgren a ensuite décrit le paysage politique mondial dans lequel toute une gamme de problèmes d'émission se trouve traitée par des institutions isolées les unes des autres et qui mesurent leur réussite en utilisant différentes devises, et qui ignorent les liens qui existent entre les problèmes posés. Pour le traitement des interconnexions, il a appelé à plusieurs objectifs politiques qui utilisent des mesures d'évaluation communes pour la réussite et qui évitent la micro-gestion par le biais d'accords détaillés. À titre d'exemple, il a présenté le programme de la FAO "L'agriculture intelligente face au climat." Il a précisé que la sécurité alimentaire est au cœur du programme, mais que ce dernier aborde aussi les effets des changements climatiques sur ses objectifs. Répondant à des questions posées par les participants, il a précisé que la FAO n'a pas à s'engager dans une action sur la sécurité humaine, mais qu'elle doit tout de même être consciente du lien entre la sécurité alimentaire et la sécurité humaine, et du fait qu'une action précoce pourrait favoriser une dynamique politique, ainsi que des possibilités de financement.

Vincent Gitz, de la FAO, a donné un aperçu des travaux du Groupe d'experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition (GEHN) de la Commission des Nations Unies sur la sécurité alimentaire mondiale (CSA). Il a dépeint la sécurité alimentaire comme étant située "dans l'oeil de la tempête" des programmes locaux, régionaux et internationaux en chevauchement, et notamment ceux de la lutte contre le changement climatique. Après avoir décrit le processus d'évaluation du GEHN, il a décrit les éléments d'une étude proposée sur le thème Changement climatique et sécurité alimentaire, qui : évaluerait les impacts directs et indirects des changements climatiques sur la sécurité alimentaire; déterminerait les régions et les populations particulièrement vulnérables; traiterait les options d'adaptation et d'atténuation; et ferait des recommandations dans différents domaines stratégiques, englobant des options permettant une riposte et des liens institutionnels plus intégrés. Gitz a ensuite décrit l'agencement institutionnel de la FAO et de la Convention-cadre sur les changements climatiques (CCNUCC), et a suggéré que la question de la sécurité alimentaire soit intégrée dans les programmes de travail des organes subsidiaires de la CCNUCC, y compris ceux sur les pertes et dommages, le Programme de travail de Nairobi sur la vulnérabilité et l'adaptation, et un programme de travail sur les mesures d'atténuation potentielles dans le secteur agricole. Réagissant à une remarque sur le manque d'attention au secteur de l'élevage, Gitz a confirmé que cette question allait être examinée par le GEHN

LES ACTIVITES AU NIVEAU NATIONAL : Hari Dahal, du Ministère de l'Agriculture et des Coopératives, Népal, a présenté le Programme d'action national d'adaptation au changement climatique et de gestion de l'agro-biodiversité au Népal. Il a décrit l'élaboration du PANA de son pays, qui apporte une réponse stratégique aux défis posés par le changement climatique et qui comporte neuf priorités d'adaptation. Parmi ces priorités, il a cité, entre autres: la nécessité d'établir un système de base de données et de réseau de communication; la conservation in situ et ex situ; l'amélioration du cadre juridique et le renforcement des capacités, notamment des agriculteurs et autres acteurs locaux.

LES ACTIVITES AU NIVEAU COMMUNAUTAIRE: Ximena Cadima, de la Fondation pour la promotion et la recherche des produits andins, Bolivie, a présenté un exposé sur le rôle de l'agro-biodiversité face aux changements climatiques et .sur l'expérience des communautés rurales et des populations autochtones. Se fondant sur 200 études de cas, elle a souligné que les mesures d'adaptation impliquent différentes activités aux niveaux des écosystèmes, de l'agriculture et de la biodiversité et que les communautés locales et autochtones ont tendance à utiliser à la fois les variétés de cultures traditionnelles et de nouveaux matériaux. Elle a souligné que les communautés locales doivent, entre autres, procéder au sauvetage des vieilles variétés de cultures traditionnelles, et recueillir des variétés de cultures d'autres communautés qui sont plus résistantes aux maladies, bonnes pour la production commerciale et adaptées aux conditions climatiques difficiles. Entre autres recommandations, elle a suggéré : l'amélioration de l'accès des agriculteurs et des communautés aux banques de gènes ; la mise en place des procédures convenues pour la multiplication des semences et d'un soutien technique accru aux agriculteurs dans le domaine du développement des semences ; et l'utilisation des ressources génétiques.

Au sujet de la suggestion concernant l'accès direct des agriculteurs aux banques de gènes, un participant a signalé que les banques de gènes ont été conçues pour éviter l'érosion de la biodiversité et qu'elles ont peu d'échantillons de graines, alors que l'accès à des agriculteurs à des fins de production nécessite de grandes quantités de semences. Il a indiqué que des institutions intermédiaires peuvent créer et fournir ces ressources aux agriculteurs. D'autres participants ont recommandé la création de banques de gènes communes qui permettrait l'accès aux communautés locales. Beaucoup de participants issus de pays en développement ont souligné la nécessité de renforcer les capacités locales et régionales pour progresser sur la caractérisation des ressources génétiques dans les banques de gènes régionales disponibles.

LE DEBAT: Se référant à l'image donnée par Holmgren au paysage politique international comme des monts isolés, le modérateur Hodgkin a invité les participants à présenter leurs visions sur la manière dont les dimensions internationales, nationales et locales pourraient être mieux connectées entre elles pour mieux s'attaquer aux défis posés par le changement climatique. Dahal a proposé un renforcement des capacités au niveau des pays, tandis qu'un autre participant a suggéré de traiter la réponse à un niveau très élevé pour s'assurer qu'un signal clair soit fourni. D'autres ont suggéré que des efforts de coordination supplémentaires doivent être fournis au niveau international, dirigés par la FAO ou par la Commission.

Un participant a mis en garde contre des solutions simplistes et a déclaré que le changement climatique nécessite des mesures de riposte urgentes, se demandant si les efforts de coordination seront possibles, compte tenu des contraintes de temps. D'autres participants ont appelé à davantage de coordination au niveau national, entre les ministères et les organismes. Holmgren a suggéré de puiser dans les institutions existantes au lieu de chercher à en créer de nouvelles. Cadima a souligné que les institutions, les politiques et les politiciens sont loin des besoins des communautés et a suggéré que l'accent soit maintenu sur la technologie de fabrication disponible aux communautés locales. Gitz a ajouté que des solutions peuvent être trouvées sur le terrain, tandis que Dahal a souligné la nécessité de permettre aux agriculteurs d'utiliser leur biodiversité agricole grâce au transfert de technologies et de ressources.

Hodgkin a ensuite invité les conférenciers et les participants à réfléchir sur leurs expériences en matière d'intégration de la biodiversité agricole dans les PANA. Dahal a parlé du besoin d'une meilleure coordination entre les ministères des forêts et de l'agriculture au Népal, aux fins de s'assurer de la prise en compte des préoccupations concernant l'agro-biodiversité. Un participant de l'Inde a suggéré d'adopter des approches régionales pour la gestion des ressources phyto-génétiques, pour assurer l'accessibilité des pays ayant des conditions similaires et des réservoirs de gènes communs, en particulier dans les situations d'urgence.

D'autres participants ont souligné la nécessité de renforcer les capacités et les ressources humaines dans les domaines de l'évaluation, de la caractérisation et de la sélection des espèces, ainsi que la création de stations de sélection pour améliorer la convivialité des ressources phyto-génétiques. Plusieurs participants ont apporté leur appui à la suggestion d'établir des banques de semences et d'autres mécanismes permettant l'accès des agriculteurs aux ressources génétiques qui peuvent être utilisés dans leurs champs, en particulier dans les situations d'urgence. Un participant a proposé des points d'intégration nationaux pour s'assurer que les PANA prennent en considération les liens avec l'agriculture.

LES CONCLUSIONS ET LA CLOTURE : Résumant les débats de la journée, Hodgkin a indiqué que la séance du matin a montré qu'il ya une acceptation croissante de l'approche écosystémique et de la notion de services écosystémiques dans le traitement des liens avec le changement climatique. Parmi d'autres  messages émis: l'importance de l'accessibilité des ressources génétiques et de la disponibilité des données, en particulier dans les pays en développement; les différents rôles de la conservation in-situ et ex situ dans la gestion des risques et l'élaboration des mesures de riposte; la nécessité d'une approche intersectorielle de l'adaptation et de l'atténuation; et la reconnaissance que le changement climatique conduit à des mouvements de la biodiversité agricole et crée un besoin pour des décisions éclairées sur les mouvements délibérés des matériaux génétiques.

 Les principaux messages de la session de l'après-midi sont : le changement climatique est intégré dans de nombreuses stratégies et de plans agricoles, mais l'agriculture doit encore être intégrée dans les mesures de lutte contre le changement climatique; il est besoin d'institutions et de mécanismes pour la fourniture de semences aux utilisateurs, et il est grand besoin d'activités de renforcement des capacités en matière d'adaptation, telles que l'évaluation et la caractérisation.

Le Président Mozafari a ajouté que les participants ont reconnu la nécessité: pour la communauté agricole de prendre des mesures pour s'assurer que les RGAA sont correctement reflétées dans les efforts de lutte contre le changement climatique; d'améliorer les connaissances de base, en particulier sur les données nationales concernant les plantes sauvages apparentées aux espèces sauvages; de concilier les efforts fournis dans tous les aspects de la sécurité alimentaire, pour s'assurer de la cohérence; de partenariats mondiaux dans les domaines de la recherche, de l'évaluation et de la caractérisation; d'accorder une priorité aux besoins des plus vulnérables; et de la mise à disposition de ressources financières. Il a suggéré que la CRGAA 13 réfléchisse sur la façon de communiquer ces besoins aux instruments de la CCNUCC et à d'autres instruments, pour le placement des RGAA à l'ordre du jour de la lutte mondiale contre le changement climatique. Il a ensuite remercié les participants pour leur contribution et a levé la séance à 18 heures.

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Le Bulletin de la CGRFA est une publication de l’Institut international du développement durable (IIDD) <info@iisd.ca>, éditeur du Earth Negotiations Bulletin © <enb@iisd.org>. Ce numéro a été rédigé par Stefan Jungcurt, Ph.D., et Eugenia Recio. Version française: Mongi Gadhoum. Editrice en chef: Robynne Boyd <robynne@iisd.org>. Directeur du Service information de l’IIDD: Langston James Goree VI <kimo@iisd.org>. Le financement de la couverture de cette réunion a été fourni par la FAO. L’IIDD peut être contacté au 161 Portage Avenue East, 6th Floor, Winnipeg, Manitoba R3B 0Y4, Canada, tél: +1-204-958-7700, télécopieur: +1-204-958-7710. Les opinions exprimées dans le Bulletin sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement les vues de l’IIDD. Des extraits du Bulletin peuvent être utilisés dans d’autres publications moyennant citation appropriée. Les versions électroniques du Bulletin sont transmises par e-mail à notre liste de distribution (formats HTML et PDF) et sont disponibles sur le serveur WWW Linkages à <http://www.iisd.ca/>. Pour de plus amples renseignements sur le Bulletin, y compris sur les demandes de services de couvertures de vos événements, contacter le Directeur du service information de l’IIDD à <kimo@iisd.org>, +1-646-536-7556 ou 300 East 56th St., 11D, New York, New York 10022, USA. L’équipe du BNT couvrant la CRGAA 13 peut être contactée par courriel à <stefan@iisd.org>.


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